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Trop aimer son animal de compagnie... c’est possible?

Woman Tenderly Hugging and Kissing Pet Dog
Photo Adobe Stock

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Au Québec, les chats seraient présents dans un foyer sur trois, tandis qu’au Canada, plus de 40 % des ménages compteraient un chien. Si un animal de compagnie peut combler de nombreux besoins affectifs et relationnels, comment savoir si une personne l’aime de façon excessive ?

Que veut-on dire par... trop ?

Pour plusieurs, trop aimer signifie mal aimer. Or, on n’aime jamais trop. Mais s’oublier, sacrifier une part de soi-même ou sa qualité de vie pour un animal de compagnie est tout à fait possible, et ce n’est pas nécessairement souhaitable.

Se priver de l’essentiel pour offrir le meilleur à son chat, économiser à l’excès pour payer les frais de vétérinaire, dépenser une fortune en vêtements et jouets pour Fido, promener son chien pendant 45 minutes par grand froid alors qu’on souffre de problèmes respiratoires : voilà autant de signes d’excès qui affectent profondément le bien-être et la santé du maître et qui pourraient indiquer le type de relation qu’entretient le maître avec son animal de compagnie.

Quand les mauvaises interprétations mènent aux excès

Les êtres humains ont parfois le réflexe d’attribuer aux animaux toutes sortes d’émotions, de réactions et de sentiments à caractère... humain. Ce phénomène, appelé anthropomorphisme, conduit à de mauvaises interprétations du comportement de l’animal, et par le fait même, à de mauvaises décisions pour assurer leur confort.

Votre chat a uriné dans le salon pendant votre court séjour au chalet ? Il n’était pas nécessairement fâché, et ne cherchait pas à se venger, mais l’absence de mouvements et de bruits familiers l’a peut-être rendu anxieux. Votre chien a la mine triste alors que vous le confiez à quelqu’un d’autre pendant quelques jours ? Il ne pleure pas, mais éprouve sans doute une nervosité devant un contexte nouveau.

Voir chez notre animal de compagnie des émotions qui ressembleraient aux nôtres équivaut à de la projection : ce sont nos propres sentiments que l’on « projette » en l’animal, et non pas ceux de notre chien ou de notre chat. Et c’est cette projection qui, en partie, peut contribuer aux comportements excessifs qu’ont certains maîtres envers leurs animaux.

Comme un membre de la famille ?

Les relations amoureuses, familiales et sociales recèlent un ingrédient méconnu, plus précisément une hormone, l’ocytocine. De la même manière qu’une mère qui allaite, un père qui dorlote, ou des conjoints qui s’embrassent, nos gestes affectueux envers un animal favorisent la production de cette hormone. Et ses bienfaits sont nombreux, de la diminution de l’anxiété à une plus grande empathie dans nos liens sociaux.

Ce n’est donc pas étonnant d’entendre le propriétaire d’un chien ou d’un chat parler de son « bébé » ! Se prodiguer, leur fournir de la nourriture, leur offrir de l’attention, les promener, ce sont autant de gestes qui nous font du bien. À nous, et particulièrement chez les enfants et les personnes âgées, car cela augmente naturellement la confiance et l’estime de soi. Chez les jeunes, le fait de s’occuper d’un animal de compagnie favorise un apprentissage essentiel, soit celui du sens des responsabilités. Il n’est d’ailleurs pas si difficile de les aimer tant ils débordent de qualités : indulgents, fidèles, stables, présents, tendres, jamais critiques, et jamais rancuniers !

Pas étonnant qu’une sortie dans le parc avec votre chien finisse bien souvent par se transformer en moment de partage : en plus de bouger, ce qui fait à tous le plus grand bien, quelqu’un finit toujours par nous aborder, sans doute pour souligner la beauté et la grâce de notre animal ! De quoi nourrir la fierté du maître, alors que votre animal de compagnie n’en demande pas tant... Prenez-en soin, donnez-lui de l’affection, et il vous le rendra bien !


♦ Dre Christine Grou est psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec