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Agriculture: une industrie très dépendante

Près de 25 % de la main-d’œuvre agricole québécoise aura pris sa retraite d’ici six ans, selon un organisme

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 SAINT-RÉMI | Pris à la gorge par le manque de relève et la pénurie de main-d’œuvre, les agriculteurs québécois n’ont jamais eu autant besoin de travailleurs étrangers, au point d’en être devenus complètement accros ces dernières années. 

 « Le secteur présente une grande dépendance à l’égard des travailleurs étrangers », n’hésite pas à conclure le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture dans ses Prévisions du marché du travail agricole jusqu’en 2025

 Pour ne rien arranger, d’ici six ans, près du quart de la main-d’œuvre aura pris sa retraite et plus de 10 600 emplois risquent de rester non pourvus dans la province, craint l’organisme. 

 Face à cette situation qui empire d’année en année, plusieurs entreprises agricoles n’ont d’autre choix que de se tourner vers la main-d’œuvre étrangère pour survivre. 

 Bond de 28 % 

 En cinq ans, le nombre de titulaires de permis d’employés agricoles saisonniers du Programme des travailleurs étrangers temporaires a bondi de plus de 28 %, passant de 7925 en 2013 à 10 210 en 2017. 

 « En 2017, plus de 10 000 travailleurs, essentiellement en provenance du Mexique et du Guatemala, étaient embauchés par 1000 employeurs », résume Sabrina Giard, du Comité sectoriel de main-d’œuvre de la production agricole, AGRIcarrières. 

 Pire encore, il y a cinq ans, le Conseil canadien pour les ressources humaines en agriculture (CCRHA) a estimé qu’à elles seules, les pénuries de main-d’œuvre ont fait perdre plus de 116 millions $, un chiffre qui risque d’exploser. 

 « Si ces travailleurs agricoles étrangers n’étaient pas présents, soit les fruits ne seraient pas récoltés, soit les producteurs devraient en produire moins, ça serait une perte », analyse l’économiste agroalimentaire Dimitri Fraeys du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ). 

 Ils ne restent pas 

 Sans ces employés sud-américains, plusieurs fermes pourraient carrément mettre la clé sous la porte. 

 « Souvent, ces entreprises agricoles sont les seuls employeurs de la région », rappelle M. Fraeys, qui est aussi vice-président, Innovation et Affaires économiques au CTAQ. 

 Malgré la grande dépendance de l’industrie agricole québécoise aux travailleurs latino-américains, ceux-ci ne sont généralement que de passage chez nous. 

 Cela s’explique surtout par le fait qu’il est impossible pour un simple salarié agricole de s’installer pour de bon au Québec, comme c’est le cas pour des soudeurs ou des infirmières, par exemple. 

 « Il faut offrir un poste d’ouvrier spécialisé. On voit parfois des postes de superviseurs ou avec un peu plus de responsabilités. Ils peuvent alors démarrer des demandes de résidence permanente », indique Stéphanie Desrosiers, de l’Union des producteurs agricoles de la Capitale-Nationale–Côte-Nord. 

 – Avec Martin Lavoie, Le Journal de Québec 

 Des héros du sud 

Photo Chantal Poirier

 Clermont Riendeau, président du Potager Riendeau à Saint-Rémi, en Montérégie, ne passe pas par quatre chemins. Il estime que les 3000 Guatémaltèques et Mexicains qui viennent chaque année dans la région sont des héros qui ont carrément « sauvé les entreprises d’ici ». Sans eux, les multinationales américaines auraient fait une bouchée des entreprises familiales québécoises. « On n’aurait pas pu être gros et faire de la qualité en étant productifs », précise-t-il. 

 Pour la famille 

Photo Francis Halin

 Chaque année depuis sept ans, Mardoqueo Rabinal laisse derrière lui sa vie au Guatemala pour aller se refaire une santé financière au Québec. Avec l’argent gagné, il prévoit rénover sa maison, pour que celle-ci soit plus confortable pour ses enfants et lui. « J’ai un de mes cinq enfants et trois frères qui travaillent avec moi ici. »