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Manger moins pour être en meilleure santé: une recommandation réaliste?

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 Nous vivons dans un monde où les maladies chroniques associées à la surconsommation de produits alimentaires transformés et riches en calories et en sucre ajouté abondent et où la qualité globale de l’alimentation s’est considérablement dégradée. Ce phénomène a conduit à une épidémie de maladies dites de société qui sature les capacités de notre système de santé.

 

 Ces maladies du mode de vie qui s’installent prématurément (parfois même dès l’enfance) et qui pourraient être prévenues sont la cause de 60% des décès.  

 

 Comme plusieurs personnes mangent trop par rapport à leur dépense énergétique, une solution simple serait de manger moins. La restriction calorique a été utilisée pendant longtemps dans le traitement de l’obésité. Je ne parle pas ici de restriction calorique sévère, mais plutôt de manger un peu moins sans causer de malnutrition.  

 

 D’ailleurs, des études expérimentales chez l’animal ont montré que ce type de restriction calorique modérée avait des effets positifs sur le processus de vieillissement et sur la longévité. Il est intéressant de noter qu’un des grands experts de la prévention par le mode de vie signe toujours ses correspondances avec cette recommandation: «Mangez moins, mangez mieux et bougez.»  

 

Cela dit, jusqu’à présent aucune étude d’importance n’avait été réalisée chez l’humain afin de tester la sécurité et l’efficacité à long terme de la restriction alimentaire modérée et prolongée.  

 

 Étude  

 

C’est ce que le Dr William Kraus, de l’Université Duke, et ses collègues ont accompli dans le cadre de l’étude CALERIE qui visait à évaluer les effets à long terme (2 ans) d’une restriction modérée dans l’apport calorique quotidien.  

 

Dans cette étude qui a impliqué plusieurs centres américains, 218 participants (hommes et femmes âgés de 21 à 50 ans) ont été aléatoirement répartis en deux groupes: un groupe intervention qui devait diminuer de 25% les calories habituellement ingérées et un groupe témoin qui ne devait pas modifier le nombre de calories consommées de façon à maintenir un poids stable.  

 

Cette étude remarquable a nécessité des ressources et des moyens importants, et les meilleurs techniques disponibles ont été utilisées pour mesurer ce que nous appelons dans notre jargon le bilan énergétique (différence entre l’apport et la dépense en énergie).  

 

 Durant la période de deux ans, les sujets du groupe intervention ont été en mesure de réduire leur consommation de calories d’environ 12% et ont perdu approximativement 10% de leur poids corporel (71% du poids perdu était de la masse grasse).  

 

 Dans le groupe témoin où aucune intervention n’a été effectuée, l’alimentation des sujets est demeurée stable de même que le poids corporel.  

 

 À la suite de la restriction calorique, le profil de santé des sujets (lipides, tension artérielle, inflammation, sensibilité à l’insuline, etc.) s’est amélioré. Ainsi, cette étude unique en son genre confirme que chez l’humain la restriction calorique modérée est possible et sécuritaire et qu’elle améliore effectivement le profil de santé.  

 

 Pas possible à long terme  

 

 Malgré ces résultats positifs, plusieurs éléments doivent être soulignés. Dans un premier temps, les chercheurs ont observé qu’une restriction alimentaire de 25% n’est pas possible à long terme, car les sujets n’ont réussi à diminuer leur apport alimentaire que de 12%.  

 

 Par ailleurs, le taux d’abandon était de 18% dans le groupe intervention comparativement à seulement 5% dans le groupe témoin.  

 

 De plus, les participants n’étaient pas obèses (certains avaient un léger surpoids) et n’étaient pas atteints de maladies chroniques. Est-ce que manger moins (plutôt que manger mieux) serait aussi efficace chez des personnes obèses?  

 

 L’étude ne peut apporter d’éclairage sur cette question. Par contre, d’autres options s’offrent aux personnes voulant diminuer leur tour de taille où l’on ne cible pas spécifiquement le nombre de calories ingérées. Ainsi, et comme discuté antérieurement dans cette chronique, améliorer la qualité de notre alimentation en diminuant la consommation de produits transformés riches en sucre ajouté réduira considérablement la quantité de calories par volume de nourriture que nous consommons.  

 

 Mangez mieux  

 

 À titre d’exemple, le régime méditerranéen est riche en légumes et en fruits et pauvre en aliments transformés. Mon collègue Benoît Lamarche de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’Université Laval a, à maintes reprises, montré à quel point la taille des assiettes remplies de «bouffe méditerranéenne» est énorme comparativement à la diète nord-américaine à haute teneur en calorie.  

 

 Bref, pour bien vous remplir l’estomac, mangez mieux et vous n’aurez pas l’impression de vous priver. Qui plus est, vous n’aurez pas à compter les calories!  

 

 L’étude du Dr Kraus montre que restreindre modérément sa consommation de calories est possible et sécuritaire, et que cette approche améliore notre profil de santé. Cela dit, dans un monde où l’offre alimentaire de mauvaise qualité est omniprésente, cette option peut s’avérer difficile, particulièrement pour les personnes vulnérables.  

 

 Il importe donc que nos décideurs fassent en sorte que toute la population ait accès à des légumes et à des fruits de qualité et que l’industrie génère une offre alimentaire plus compatible avec la santé.  

 

 Les produits «plaisir» ont leur place, mais ils doivent être consommés avec beaucoup plus de modération. N’oubliez pas toutefois que peu importe l’approche alimentaire choisie, vous ne pourrez jamais vous permettre d’être sédentaire.  

 

 De l’activité physique au quotidien s’avère un autre comportement essentiel pour rester en santé et ralentir le vieillissement, science à l’appui!  

 

 * Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.