/news/society
Navigation

Un premier mariage gai autochtone

Les deux hommes de la Côte-Nord veulent que leur geste serve d’exemple auprès des jeunes

Maxime Roussy-Vaillancourt (à gauche) et David-Valère Bellefleur coupent leur gâteau de mariage au Shaputuan de Uashat, le 27 juillet 2019.
Photo courtoisie Maxime Roussy-Vaillancourt (à gauche) et David-Valère Bellefleur coupent leur gâteau de mariage au Shaputuan de Uashat, le 27 juillet 2019.

Coup d'oeil sur cet article

Un homosexuel de la Côte-Nord souhaite devenir un mentor pour les jeunes gais, alors qu’il serait le premier Autochtone à promettre l’amour éternel à un autre homme.

« Le 22 mai 2015, j’ai su que tu serais l’homme de ma vie. Quand nos regards se sont croisés en cette soirée de printemps aux chemins des écureuils, mon cœur s’est mis à battre un peu trop fort... C’est là que j’ai compris que le coup de foudre était là », a lu Maxime Roussy-Vaillancourt, 35 ans, à celui qui allait devenir son mari.

Il s’est uni à David-Valère Bellefleur, 28 ans, lors d’une cérémonie tenue le samedi 27 juillet dans la communauté innue d’Uashat Mak Mani-Utenam.

Ils ont scellé leur union devant 80 convives autochtones et blancs.

Fébrile, sur l’air de la chanson The Reason interprétée au violon, M. Bellefleur a remonté l’allée de la chapelle du vieux poste de traite de Sept-Îles.

Puis, la larme à l’œil, il a regardé l’homme qu’il avait demandé en mariage deux ans auparavant défiler à son tour. M. Roussy-Vaillancourt brillait dans son smoking gris.

Regardant son prince charmant dans les yeux et sous les nombreux capteurs de rêve qui volaient au vent dans la chapelle, M. Bellefleur s’est lancé.

« Quand je t’ai vu pour la première fois, j’étais timide et gêné. Tes yeux m’ont marqué parce que tu m’as regardé comme personne ne l’avait fait auparavant. J’avais des papillons dans le ventre... J’aurais voulu rester dans tes bras. »

Les deux hommes s’embrassent après la cérémonie.
Photo courtoisie
Les deux hommes s’embrassent après la cérémonie.

Une première

Les deux tourtereaux se sont ensuite échangé leurs joncs et se sont embrassés. Passionnément. Comme si c’était la toute première fois.

Un moment indescriptible pour les mariés, mais également pour les témoins de cette union.

« J’ai pleuré. De les voir aussi proches et aussi amoureux. Je me suis dit : ‘‘c’est ça, l’amour’’. L’amour est plus fort que tout, peu importe le couple que tu formes. Samedi, c’était une journée mémorable, inoubliable », témoigne une amie du couple, Tania Ambroise.

Au Québec, le mariage entre deux personnes de même sexe est autorisé depuis 2001.

Les deux amoureux portent fièrement leurs vestes autochtones.
Photo courtoisie
Les deux amoureux portent fièrement leurs vestes autochtones.

Or, M. Bellefleur serait vraisemblablement le premier homme autochtone à se marier à un autre homme dans une communauté. Dans tous les cas, personne du milieu ne se souvient d’un autre couple.

« Oui, je suis fier d’avoir épousé un Autochtone, mais peu importe sa nation, l’amour n’a pas de nationalité. Je suis surtout fier d’avoir épousé un homme avec un grand cœur », explique l’allochtone M. Roussy-Vaillancourt, la voix remplie d’émotion.

« On est un modèle et on veut leur démontrer [aux jeunes gais des Premières Nations] que tout est possible », lance l’Innu David-Valère Bellefleur.

Réconciliation

Pour la directrice de la diversité et des relations communautaires de Fierté Montréal, Felicia Tremblay, ce mariage est une très belle représentation de l’union et de la réconciliation entre deux personnes issues de deux communautés différentes.

Bien que l’homosexualité soit de plus en plus acceptée dans les grands centres du Québec, la réalité dans les communautés isolées est bien différente.

« C’est sûrement à cause de la religion qui a été inculquée aux Autochtones. Elle est encore très présente chez les aînés », mentionne le couple.

Les amoureux prévoient leur lune de miel pour l’an prochain. Ils souhaitent aller à la rencontre de phoques, d’ours polaires et de manchots à bord d’un bateau de croisière en Alaska.