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Trop de touristes au Québec?

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Transports en commun bondés, restaurants remplis à craquer, foules dans les centres-villes, concerts proches de quartiers résidentiels, parcs envahis, y a-t-il trop de touristes au Québec ?

Comment résister à la manne touristique ?

L’industrie du tourisme rapporte 1700 milliards $ dans le monde. Sa croissance annuelle est de 4 %.

En 2018, il s’est fait plus de 1,4 milliard voyages touristiques dans le monde. Il y a 25 ans, il n’y en avait que 500 millions par an.

En 2016, au Québec, on comptait 33 millions de voyages touristiques. Près de 76 % avaient été effectués par des Québécois, 12,5 % par des Canadiens de l’extérieur, 6,8 % par des Américains et 4,7 % par des gens d’ailleurs.

Beaucoup d’argent au Québec

Chaque année, le tourisme rapporte au Québec près de 9 milliards de dollars. Montréal et Québec reçoivent le plus de touristes, soit 7,8 millions pour la première et 4,4 millions pour la seconde. Le tourisme rapporte 1,3 milliard de dollars à Québec et 3,1 milliards à Montréal.

Personne ne nie les bons côtés du tourisme. Que les peuples apprennent à mieux se connaître les uns les autres ne peut avoir que des effets bénéfiques. Encore faut-il que les visiteurs ne restent pas confinés à des ghettos touristiques et qu’ils aient la bonne idée de délaisser leur téléphone intelligent.

Le problème du tourisme réside dans son effet déstructurant sur le tissu social et urbain.

Venise est l’exemple extrême d’une ville qui a trop ouvert ses portes aux touristes. Ses résidents ont été chassés à l’extérieur. Leurs logements ont été achetés par de richissimes étrangers ou transformés en chambres pour touristes. Les magasins qui tissaient la vie quotidienne des Vénitiens ont été remplacés par des échoppes pour touristes. Les bateaux de croisière géants qui y accostent sont devenus le triste symbole d’un tourisme devenu monstrueux.

À Montréal et à Québec, beaucoup trop de logements sont transformés en gîtes touristiques, ce qui contribue à faire mourir le commerce local. Mais le tourisme n’est pas seul responsable de la pénurie de logements. Les règlements imbéciles de la Régie du logement qui défavorisent beaucoup trop les petits propriétaires sont la cause première du problème.

Appui inconditionnel

Il est curieux que le tourisme jouisse de l’appui inconditionnel des élus, alors que de toute évidence certaines manifestations touristiques ont dépassé les bornes acceptables pour la population locale. Par exemple, les festivals de toutes sortes à Montréal et à Québec sont devenus trop nombreux. Ils nuisent à la quiétude des citoyens et contribuent à l’exode vers les banlieues.

C’est un des paradoxes du tourisme de masse : les touristes sont ravis de goûter aux charmes locaux des endroits qu’ils visitent, mais ces charmes dépérissent sous leurs assauts, parce que des commerçants et des promoteurs immobiliers flairent la bonne affaire. Toujours avec la complaisance des élus. Par exemple, de quel droit les autorités ont-elles laissé le Vieux-Port de Montréal être défiguré par une grotesque grande-roue ?

Le fond du problème est ici : nos élus devraient être beaucoup plus vigilants face aux méfaits du tourisme. Ce ne sont ni les commerçants ni les touristes qui les élisent.