/opinion/blogs/columnists
Navigation

Le clown du débat

Le clown du débat
Photo Stevens LeBlanc

Coup d'oeil sur cet article

Je n’ai jamais apprécié Maxime Bernier comme politicien et encore moins depuis qu’il a créé son parti pour donner libre cours à sa bêtise. Ce serait toutefois un mauvais service à rendre à la démocratie de ne pas lui permettre de faire le pitre dans les débats des chefs en marge du prochain scrutin fédéral. Après tout, Coluche ne disait-il pas qu’on ne peut empêcher un politicien de faire le clown?

La commission, constituée d’une vaste coalition de médias et chargée de l’organisation des débats, n’a pas encore rendu sa décision sur l’admissibilité du chef du Parti populaire du Canada (PPC) à pouvoir participer aux débats des chefs, l’un en anglais et l’autre en français. Cette commission doit prendre ses décisions à la lumière de trois critères émanant de directives ministérielles et un parti doit en satisfaire au moins deux pour se qualifier. À défaut d’avoir un député élu sous cette bannière aux Communes, le PPC doit satisfaire les deux autres critères à l’effet de présenter des candidats dans au moins 90% des circonscriptions et d’avoir obtenu au moins 4% du vote en 2015, sinon d’avoir des candidats qui présentent de réelles chances d’être élus. Ce dernier critère est particulièrement subjectif en plus de se révéler paradoxal en privant un parti de participer à un débat qui augmenterait ses chances de faire élire des candidats.

À mon avis, tous les partis reconnus qui présentent des candidats dans au moins 90% des circonscriptions devraient avoir droit de participer aux débats. Ce serait un critère objectif qui tient compte de l’ampleur d’une organisation et qui donne la chance à tous les concurrents de faire valoir leur vision politique. À l’ère des médias et des réseaux sociaux, les assemblées publiques ont perdu leur lustre d’antan et le porte à porte a ses limites avec le militantisme politique qui s’est érodé au fil du temps. Ces débats télévisés ont pris une importance capitale au cours des dernières élections et permettent une confrontation qui fait appel au jugement critique du citoyen.

En laissant aujourd’hui Maxime Bernier de côté, la commission lui permettrait de jouer à la victime qu’on empêche de s’exprimer. Il pourrait d’autant plus jouer l’outrance à la lumière des objections du NPD à son éventuel participation. Les néo-démocrates prétextent que le chef du PPC est propagateur d’un discours de haine pour s’opposer à sa participation. On peut présager des récriminations que serviraient les sympathisants du PPC sur la démocratie tronquée parce qu’on bâillonnerait leur chef prétendument vecteur des valeurs d’un grand nombre de Canadiens.

Maxime Bernier incarne un courant d’extrême droite que la majorité des citoyens n’a pas intérêt à laisser grandir dans l’ombre. Sur les réseaux sociaux, il prêche à des convertis sans plus de profondeur ou d’analyse sur les idées qu’il véhicule, en espérant que les algorithmes feront le travail de rassemblement d’une communauté favorable à son idéologie. C’est pourquoi une éventuelle participation de Maxime Bernier aux débats télévisés est souhaitable afin que puissent être mis en évidence ses louvoiements, ses contradictions et ses aberrations dans les idées qu’il met de l’avant pour la gouvernance du Canada.