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Accusations d'harcèlement sexuel à l'endroit de Placido Domingo:«désolant et décevant» pour le ténor Marc Hervieux

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Placido Domingo, le célébrissime chanteur d'opéra fait face à une série d'accusations de harcèlement sexuel, qui ont poussé l'opéra de Los Angeles à annoncer une enquête et deux grandes salles américaines à annuler des représentations. 

Dans une enquête publiée mardi par l'agence Associated Press, neuf femmes - une seule ayant accepté que son nom soit publié, les autres restant anonymes - affirment avoir été sexuellement harcelées, à compter de la fin des années 80, par le légendaire chanteur d'origine espagnole, considéré comme la plus grande vedette vivante du lyrique.  

L'une d'entre elles affirme qu'il a mis la main sous sa robe, trois autres qu'il leur a imposé des baisers. Elles évoquent aussi des gestes déplacés, tels une main sur le genou lors d'un déjeuner, ou des appels insistants tard le soir. 

Sept des neuf femmes ont indiqué que leur carrière avait pris un coup après qu'elles eurent rejeté ses avances, et qu'elles n'avaient plus jamais pu retravailler avec lui. 

 

Marc Hervieux réagit 

Appelé à réagir, le ténor québécois Marc Hervieux, admet qu’il n’a malheureusement pas tant été surpris par ces allégations. 

«Surpris, mais pas tant! Malheureusement, dans ces années-là et dans ce milieu-là, mais comme dans d’autres milieux, j’imagine que ce n’est pas seulement le milieu artistique qui est frappé par cela, ces abus de pouvoir. C’est des choses qui sont désolantes et décevantes», a-t-il expliqué en entrevue au Québec Matin. 

«Placido Domingo c’était un géant dans le monde de l’opéra qui a fêté au mois d’avril dernier sa 4000e représentation d’opéra. C’est sans compter la direction d’orchestre et tout ce qu’il a fait. C’est décevant de voir que l’être humain pour faire de tels agissements sous prétexte de faire miroiter une carrière à des chanteuses», a déploré le ténor. 

Marc Hervieux n’a jamais côtoyé Placido Domingo, et détaille l’avoir rencontré une fois à New York. Jamais il n’a entendu de rumeurs au propos du géant de l’opéra. 

«On en entend des rumeurs sur l’un ou sur l’autre, mais jamais je n’en avais entendu sur Placido Domingo». 

 

Carrière légendaire 

Le ténor espagnol Placido Domingo est une légende vivante de l'opéra après avoir incarné 150 rôles en soixante ans d'une exceptionnelle carrière internationale, pendant laquelle il a aussi été chef d'orchestre. 

Ce prolifique chanteur aujourd'hui âgé de 78 ans, qui en un demi-siècle de carrière a enregistré plus de 100 albums et s'est produit plus de 4 000 fois, est mis en cause par huit chanteuses et une danseuse lui reprochant des gestes déplacés et des baisers forcés. Il a qualifié ces affirmations de «troublantes et, telles que présentées, inexactes». 

Né le 21 janvier 1941 dans une famille de chanteurs de zarzuelas, les traditionnelles opérettes madrilènes, Placido Domingo a huit ans lorsque ses parents déménagent au Mexique. Il y étudie le piano, la direction d'orchestre puis le chant au Conservatoire de musique de Mexico. 

Celui qui sera plus tard qualifié par la presse internationale de «roi de l'Opéra» commence en chantant des zarzuelas avec ses parents en tant que baryton. Puis, à force de travail, sa tessiture change et il devient ténor. 

À 18 ans, il joue un petit rôle dans Rigoletto, de Giuseppe Verdi, à l'Opéra national de Mexico. 

À l'âge de 20 ans, à Monterrey, il obtient son premier grand rôle, celui d'Alfredo dans La Traviata, avant de passer avec l'Opéra national de Tel Aviv trois saisons pendant lesquelles il donnera 280 représentations dans douze rôles différents. 

Mais c'est en 1965 que débute véritablement sa carrière internationale, sous la baguette des plus grands chefs d'orchestre dont Herbert von Karajan, Riccardo Muti et Claudio Abbado. 

En 1972, il dirige lui-même La Traviata de Verdi au New York City Opera et s'illustre en tant que chef d'orchestre sur tous les continents. Il sera aussi directeur musical puis directeur général de l'Opéra de Washington, de 1996 à 2011, et directeur général de celui de Los Angeles à partir de 2000. 

Mais le chant restera sa grande passion : en 1990, il forme le trio des «Trois ténors» avec Luciano Pavarotti et José Carreras, qui attirera au cours de ses concerts à travers le monde un immense public et contribuera à populariser l'opéra. 

Le trio se produit en particulier à Rome, en 1990, pour l'ouverture de la Coupe du monde de football, au pied de la tour Eiffel à Paris et des pyramides d'Égypte au Caire, ainsi que dans la Cité interdite, à Pékin. 

«Operaholic» 

«Bien que je chante et travaille beaucoup, j'ai une bonne technique vocale, j'ai bien géré ma carrière et je l'ai conduite avec une grande prudence», disait-il à l'AFP en 2012 pour expliquer son insolente santé vocale. 

«Si je me repose, je rouille», aime à répéter le chanteur, qualifié d'«operaholic» par la presse américaine. 

L'Espagne est restée chère au coeur de ce grand fan du Real Madrid. En 2012, il inaugure en Andalousie le «Festival Placido Domingo». 

Il a aussi mis son talent au service de grandes causes humanitaires, chantant par exemple pour les victimes d'un tremblement de terre au Mexique en 1985 et pour celles de l'ouragan Katrina aux États-Unis en 2009. 

Placido Domingo a été récompensé par de multiples prix et décorations, dont plusieurs Grammy Awards, et le prestigieux prix espagnol Prince des Asturies.