/opinion/columnists
Navigation

L’ado dans sa prison mentale

Coup d'oeil sur cet article

Vous allez dire que ceci est un point de vue de dinosaure. Dites-le.

Vous allez rire de moi. Riez.

Hier, ce journal rapportait les résultats d’une vaste étude scientifique publiée dans la revue médicale britannique The Lancet.

Croyez-moi si je vous dis que The Lancet ne publie pas n’importe quoi.

Dépendance

Des chercheurs ont suivi pendant 3 ans 10 000 adolescents de 13 à 16 ans.

On examinait leur utilisation des médias sociaux.

Première trouvaille : l’utilisation augmentait chaque année.

Ils finiront – on le souhaite – par découvrir les bienfaits de la modération, mais ils sont pour le moment dans la situation du toxicomane qui a besoin de doses de plus en plus importantes pour être momentanément comblé.

Deuxième trouvaille, qui confirme ce dont on se doutait : comme le temps n’est pas élastique, toutes les heures consacrées à ces médias sont du temps qu’ils ne consacrent pas au sommeil ou au sport, en plus de les exposer davantage à la cyberintimidation.

Trop de temps d’utilisation semble aussi accroître l’anxiété et les symptômes dépressifs, surtout chez ces filles qui cherchent l’approbation d’autrui.

Et c’est ici que votre humble serviteur introduit son insignifiant petit grain de sel personnel.

Certains diront : du calme, ce n’est qu’un outil, tout dépend de l’usage qu’on en fait, faut seulement être raisonnable.

Je suis globalement d’accord.

Un marteau est un outil. En soi, est-il bon ou mauvais ? La question n’a aucun sens.

Le marteau ne sert qu’à rendre plus efficace l’intention de celui qui le manie.

C’est son usage qui sera bon ou mauvais selon la compétence de l’utilisateur.

Si vous vous cognez le doigt, ce n’est pas la faute du marteau. C’est votre faute.

Cette conception des choses peut s’appliquer aux médias sociaux... si on a la discipline d’en faire un usage modéré.

Je redis que j’admets cela.

Je dis seulement qu’ils sont si puissants, si séduisants, si addictifs... qu’ils peuvent se retourner contre leur utilisateur et l’emprisonner.

Le marteau ne se retournera pas contre vous.

Les médias sociaux, oui, pourront littéralement prendre le contrôle de la vie d’un ado.

Je ne connais personne qui se sent mal s’il ne touche pas à son marteau pendant quelques minutes.

Je vois cependant des jeunes à l’école qui, dès la pause, se ruent frénétiquement à l’extérieur pour voir ce qu’ils auraient « manqué ».

Je n’exagère pas en utilisant le mot « frénétiquement ».

Le professeur qui, en classe, imposerait la ligne dure, l’interdiction absolue, à supposer que ce soit possible, ne serait pas seulement un « papy-pas-cool-paléolithique ».

Certains le verront comme le pusher qui dit qu’il n’a rien cette semaine ou que ses prix ont triplé.

Tristesse

Voyez-vous souvent un jeune avec un livre dans les transports en commun ? Non.

Je ne les blâme pas.

Ils sont les produits de leur époque. Contrairement à nous, les dinosaures, ils n’ont pas connu un « avant ».

Je vois simplement tout ce qu’ils ratent, tout ce que cela provoque, et j’en suis triste et inquiet.