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Le chauffeur ne tenait pas le volant

Des images filmées d’un camion qui le dépassait permettent de suspecter la distraction comme cause du drame.

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Photo d’archives Pompiers, policiers et paramédics ont eu fort à faire à la suite de cette collision qui a généré un vif incendie et fait quatre morts.

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Le camionneur soupçonné d’être à l’origine du carambolage qui a fait quatre morts sur l’autoroute 440 à Laval la semaine dernière n’aurait pas eu les mains sur le volant et n’aurait pas regardé devant lui dans les cinq secondes précédant la terrible collision.

Ces troublantes allégations figurent dans un affidavit public produit par la Sûreté du Québec, afin d’obtenir un mandat pour procéder à l’expertise du poids lourd du suspect, dont Le Journal a obtenu copie.

Ce document révèle qu’un citoyen a remis aux enquêteurs une vidéo captée dans les instants précédant le drame par une caméra installée dans son véhicule, alors qu’il doublait le tracteur routier conduit par Jagmeet Grewal, 53 ans.

L’analyse de ces images a permis aux policiers de constater qu’on ne voyait « pas les mains du chauffeur sur le volant ».

De plus, on note que ce dernier n’a aucunement réagi, même si on aperçoit les « feux de freinage s’allumer dans la file de véhicules immobilisés dans la voie de droite, plus loin ».

« C’est comme si le camion est rentré dans le tas sans jamais freiner », a dit un automobiliste au premier patrouilleur arrivé sur les lieux.

Soulignant qu’aucune trace de freinage ou de manœuvre d’évitement n’a été relevée sur la scène et se basant sur les vitesses et les distances observées, un expert a estimé que le camionneur avait pourtant eu 4,8 secondes pour réagir au danger.

« Il est anormal qu’un conducteur ne porte pas attention à la route durant une aussi longue période », souligne l’affidavit, où l’on mentionne avoir « des motifs raisonnables de croire qu’une infraction de négligence criminelle causant la mort a été commise ».

Très tôt dans l’enquête, les policiers avaient soupçonné une distraction du camionneur.

Le téléphone du camionneur

Une deuxième autorisation judiciaire a d’ailleurs été présentée afin d’obtenir les registres du iPhone 6 de M. Grewal. Selon nos informations, les enquêteurs seraient exaspérés par les délais imposés par Bell pour accéder à ces données cruciales pour la suite du dossier.

Le document mentionne une autre source potentielle de distraction dans la cabine du camion, soit une tablette Samsung sur le tableau de bord. Selon ce que le suspect a dit aux policiers, elle servait à tenir le journal de bord, à titre de GPS, pour recevoir des communications de son patron, et à communiquer avec une imprimante à bord.

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Photo Agence QMI, TVA Nouvelles

Questionné sur la cause de la collision, Jagmeet Grewal a rejeté la thèse d’un bris mécanique et a assuré ne pas avoir eu son cellulaire en main. Mais il a refusé de répondre lorsqu’on lui a demandé pourquoi il n’avait pas freiné avant l’impact, qui a été d’une violence impressionnante, rappelle l’affidavit.

Vers 15 h 30, le 5 août, à proximité de la bretelle menant de la 440 à l’autoroute 15, le poids lourd a ainsi embouti à pleine vitesse huit autres véhicules, dont un tracteur routier avec remorque qui a été projeté dix mètres plus loin sous le choc. Les collisions en chaîne et le vif incendie qui a alors éclaté ont fait quatre victimes et 10 blessés.

La SQ n’a pas voulu commenter l’enquête en cours, mais a réitéré son appel aux témoins, notamment ceux qui auraient capté des images du carambolage, à communiquer avec la centrale d’informations criminelles au 1 800 659-4264.

Les quatre personnes décédées

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Photos courtoisie