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Massacre, polygamie et l’origine de l’Utah

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Dans mon blogue précédent, je racontais la naissance du mormonisme jusqu’à l’assassinat de son prophète Joseph Smith. Voici la suite de cette histoire, où s’entremêlent violence, sexe et religion, jusqu’à la création de l’Utah.  

  

Après la mort de Smith, c’est Brigham Young qui devient le prophète des mormons. Il est aussi leur Moïse qui conduit ses fidèles en Utah, un territoire pas encore constitué en État, pour y fonder le Royaume des mormons, qu’ils appellent d’abord Deseret et dont il devient le souverain suprême. Dans un moment d’extase, devant une assemblée médusée, Young proclame qu’Adam est Dieu le Père et que Jésus n’a pas été engendré par le Saint-Esprit, mais par Adam, incarnation divine. Ève n’est qu’une de ses femmes.    

  

Young est un polygame «multirécidiviste». Il a marié au moins 55 femmes, dont 20 dans la seule année 1846. Il a aussi épousé les mères de ses deux premières épouses. Comme dans le cas de Smith, plusieurs de ses épouses étaient déjà mariées. Une sorte de variante mormone du droit de cuissage! On lui doit les premières proclamations officielles de l’Église mormone sur la pratique de la polygamie. Brigham Young pourrait figurer dans le Livre Guinness des records comme l’homme qui a accumulé le plus grand nombre d’épouses dans l’histoire des États-Unis. Le mormonisme, de nos jours, est officiellement contre la polygamie. Sur terre, du moins. Les textes sacrés mormons la promettent au paradis. Diverses sectes mormones continuent de la pratiquer ici-bas.    

  

On attribue à Brigham Young la responsabilité de l’une des pires tueries de pionniers de l’histoire américaine, le massacre de Mountain Meadows. Le 11 septembre 1857, dans une prairie du sud-ouest de l’Utah, des miliciens mormons attaquent un convoi de chariots transportant des familles vers la Californie. Les agresseurs mormons sont déguisés en guerriers amérindiens, dans le but de leur faire porter la responsabilité du massacre. Ils se sont fait accompagner de quelques autochtones.    

  

Après un siège de cinq jours, les attaquants persuadent les pionniers de mettre bas les armes en leur promettant qu’ils pourront poursuivre leur chemin. Une fois désarmés, les 140 hommes, femmes et enfants de plus de 8 ans sont froidement assassinés.    

  

Pourquoi ce massacre? C’est que les mormons refusent que des mécréants traversent leur territoire sacré en route vers la Californie. Ces caravanes comprennent souvent des Missouriens à qui les mormons vouent une haine et une rancune particulières pour avoir été expulsés du Missouri, leur paradis terrestre. Un seul des responsables du massacre, John D. Lee, sera condamné à mort et exécuté après des procédures judiciaires qui s’éterniseront pendant 20 ans. C’est que Lee est le fils adoptif du prophète Brigham Young. Dans ses mémoires, publiées après sa mort, Lee affirmera que le massacre a eu lieu «sous le commandement direct de Brigham Young».     

  

Brigham Young se rendra plus tard sur le site du carnage pour détruire le monument qui y avait été érigé à la mémoire de ses victimes. L’Église mormone refuse toujours, aujourd’hui, d’admettre la responsabilité de ses pères fondateurs et de Brigham Young dans la tuerie. C’est que reconnaître leur complicité remettrait en cause la divinité de Brigham Young et la croyance des mormons suivant laquelle ils sont le peuple élu de Dieu.    

  

L’auteure d’un livre sur le massacre, l’historienne Sally Denton, écrit: «Croyant qu’ils faisaient le travail de Dieu pour débarrasser le monde des infidèles, les zélotes mormons évangéliques ont commis l’une des plus grandes atrocités civiles sur le sol américain. Tant que l’Église mormone n’assumera pas sa responsabilité, ne présentera pas ses excuses et ne demandera pas pardon, elle vivra sous l’ombre planante de cet horrible crime.»    

  

Le plus éminent mormon actuel, Mitt Romney, candidat républicain défait à l’élection présidentielle de 2012, sait tirer des avantages politiques de ses convictions religieuses. Il vient d’être élu sénateur républicain de l’Utah aux élections de mi-mandat de 2018. Et on lui prête de nouvelles ambitions présidentielles pour 2020. Si jamais Trump finit par dégoûter les évangéliques, Romney pourrait bien se révéler la solution de rechange de la droite religieuse.