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Un pensez-y-bien

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Air Canada souhaite avaler le fleuron montréalais Air Transat­­­. Qu’ont à gagner les Québécois d’une telle transaction ? Peuvent-ils avoir confiance dans le plus important transporteur au pays, dont la feuille de route est peu reluisante ?

Le rachat de Transat par Air Canada pose inévitablement la question de la concurrence.

Vers les destinations soleil, le premier accapare 22 % des parts de marché, contre 24 % pour le second. Ensemble, ils formeraient un imposant bloc de 46 % de la capacité, selon les données de Transat. Les transporteurs Sunwing (27 %) et WestJet (22 %) complètent le tableau.

Hausse des prix

Vers l’Europe, le duo Air Transat (22 %) et Air Canada (42 %) formeraient un quasi-monopole, avec 64 % de tous les sièges disponibles.

Dans ce contexte, une hausse des prix semble inévitable.

Un des principaux actionnaires de Transat, qui a aussi des parts dans Air Canada, a d’ailleurs affirmé à La Presse récemment que l’entreprise doit hausser ses prix pour retrouver le chemin de la rentabilité.

On parle d’une hausse moyenne de 30 $ par billet. Des experts prévoient une augmentation encore plus élevée pour certaines destinations en France, par exemple.

En matière de tarifs, il est difficile de donner le bénéfice du doute à Air Canada. Encore cette semaine, la Cour supérieure du Québec a donné son feu vert à un recours collectif visant le transporteur.

Air Canada est accusée d’avoir abusé de son pouvoir de surcharge du prix sur l’essence. L’entreprise aurait possiblement facturé des centaines de milliers en trop à ses voyageurs dans les dernières années.

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Bilinguisme

L’entreprise fondée en 1937 est aussi depuis des années la pire élève en matière de langues officielles. Encore cette année, aucune institution fédérale n’a généré plus de plaintes au Commissariat des langues officielles (CLO) du Canada.

Excédé par cette piètre performance, le CLO a déposé un rapport spécial exclusivement sur Air Canada en 2016, avec des résultats mitigés.

Il semble que le respect du bilinguisme n’est pas la plus grande des priorités pour Air Canada.

L’ombre d’Aveos

L’un des plus importants actionnaires de Transat, le Fonds de solidarité FTQ, fait bien de se méfier d’Air Canada.

Le syndicat n’a pas encore appuyé publiquement l’offre d’achat. La FTQ a été échaudée par le transporteur aérien dans l’affaire Aveos.

Le centre d’entretien a fermé ses portes en 2012, entraînant la perte de 1800 emplois.

Air Canada devait pourtant, en vertu de la loi, garantir la survie de ses centres d’entretien de Montréal, Winnipeg et Mississauga, lorsqu’elle a été privatisée en 1988.

À son arrivée au pouvoir, le gouvernement Trudeau a modifié ladite loi qui régit Air Canada, afin de mettre à l’abri le transporteur de nouveaux litiges au sujet de son obligation de maintenir des centres d’entretien au pays.

Gros sous

La première offre d’achat d’Air Canada pour le voyagiste québécois Transat, en mai dernier, a entraîné une valse des millions.

Cette première offre de 13 $ par action, soit 520 millions $, a été jugée insuffisante.

Des concurrents sont entrés dans la danse. Les enchères ont grimpé. Air Canada a bonifié cette semaine son offre de 200 millions $.

Et ce n’est pas fini : le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau, est actuellement en pourparlers avec Air France et WestJet concernant une potentielle acquisition de Transat.

Sans compter le PDG d’Air Canada, Calin Rovinescu, qui a liquidé le 1er août un important bloc d’actions, s’enrichissant d’un coup de 52 millions $.

Jusqu’à présent, cette affaire a surtout profité à des hauts dirigeants et investisseurs. Alors que pour le consommateur et les travailleurs, des nuages sombres pointent à l’horizon.

Les gouvernements devraient y penser à deux fois avant d’avaliser l’absorption de Transat par son concurrent canadien

Les frasques d’Air Canada

  • Cancre en matière de respect de ses obligations linguistiques
  • Participe à la fermeture d’Avéos à Montréal en 2012, provoquant la mise à pied de 1800 travailleurs.
  • Visé par un recours collectif de 300 millions pour avoir facturé un montant trop élevé sur le prix du carburant à des centaines de milliers de clients.