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Inquiétante splendeur: les 25 ans de Dummy

Gibbons à Montréal en 2011
Photo d'archives, Ben Pelosse Gibbons à Montréal en 2011

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C’était il y a un quart de siècle. Kurt Cobain venait de s’enlever la vie, les espoirs des Expos de remporter la Série mondiale étaient coupés court par une grève, et le PQ mené par Jacques Parizeau s’apprêtait à reprendre le pouvoir. Pendant ce temps, à Bristol, en Angleterre, un nouveau genre musical récoltait ses plus belles lettres de noblesse à la sortie de l’envoûtant Dummy, premier album de Portishead.

Au moment où le grunge ­s’éteignait en Amérique, de l’autre côté de ­l’Atlantique, rien n’était plus cool que le trip-hop, et le sublimement doux-amer Dummy en était le principal fer-de-lance.

Tout juste précédé des singles Numb et Sour Times, le premier opus du trio formé de la chanteuse Beth Gibbons, du producteur Geoff Barrow et du guitariste Adrian Utley a vu le jour le 22 août 1994.

Le trip-hop, surnommé le son de Bristol, était né. Du moins dans les oreilles du grand public. Fusion de hip-hop et de musique électronique auxquels se mêlent d’autres grands courants musicaux comme le jazz, la soul ou le funk, le trip-hop avait déjà des assises solides grâce aux travaux de Massive Attack, une formation originaire du même bled d’un demi-­million d’habitants situé à environ 200 kilomètres à l’ouest de Londres.

Or, Portishead l’a fait passer au niveau supérieur grâce à ce qui est, encore aujourd’hui, considéré comme un des albums les plus marquants de la décennie 1990.

« Des imitateurs sont passés, mais aucun artiste n’a été en mesure de reproduire l’inquiétante splendeur évoquée dans Dummy, à part Portishead lui-même », écrivait avec justesse un journaliste de la BBC dans une critique parue en 2010.

Obsédant

À la base du succès de Dummy, se trouve l’union de deux artistes d’exception. Adepte du breakbeat et de l’échantillonnage que pratiquaient alors les stars du hip-hop, Geoff Barrow a créé des mélodies à la fois obsédantes et cinématographiques, évocatrices des trames sonores de films noirs ou, de son propre aveu, de la musique des westerns spaghettis composée par Ennio Morricone.

De ces rythmiques hachurées se dégage une intense charge émotive charriée par la voix intime et déchirante, capable de traduire tous les sentiments humains, de Beth Gibbons. Exemple probant : Roads, où son chant exalte la douleur. « How can it feel this wrong ? », questionne-t-elle, la voix brisée par le chagrin. Impossible de rester de glace.

« Je suis une personne très sensible, très impulsive et émotive », a-t-elle un jour admis dans une des rares entrevues accordées par cette chanteuse qui a toujours préféré l’ombre à la lumière.

Un impact considérable

L’impact de Dummy a été considérable. Encensé par les critiques, il a remporté en 1995 le prix Mercury, attribué chaque année au meilleur album paru au Royaume-Uni, en devançant notamment un féroce rival : l’archipopulaire Definitely Maybe, de Oasis.

Les principaux titres de Dummy ont aussi été utilisés dans nombre de films et de séries télé. Robert Lepage y aura notamment recours dans Le confessionnal, son premier long métrage sorti en 1995.

Revers de la brillante médaille : depuis le phénoménal Dummy, les admirateurs de Portishead ont eu bien peu à se mettre sous la dent. Un album éponyme en 1997, puis Third, sorti en 2008, sont leurs seules autres créations originales. Une réédition en vinyle de Dummy, exemptée des habituels morceaux oubliés ou démos débusquées dans le fond d’un tiroir d’un studio, a vu le jour pour son vingtième anniversaire, en 2004.

Et au moment où Gibbons vient d’enregistrer un album solo avec l’Orchestre symphonique de la radio nationale de Pologne et que Barrow empile les trames sonores en plus de maintenir vivant son groupe Beak, rien ne laisse présager un retour aux affaires imminent pour le trio.

Gibbons à Montréal en 2011
Photo courtoisie

 

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