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Jean-Marie Zeitouni: Les livres qu’il aime en deux temps, trois mouvements

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Juste avant d’entamer la nouvelle saison musicale, le chef Jean-Marie Zeitouni, qui dirige l’Orchestre de chambre I Musici de Montréal, nous parle de ses plus belles découvertes littéraires.

Vous vous souvenez du premier roman qui a vraiment compté pour vous ?

Je crois que ce doit être la série Les Rois maudits de Maurice Druon. J’ai grandi dans une famille où régnait un véritable amour pour l’histoire. J’étais moi-même à l’époque complètement emballé par la découverte d’un certain monde médiéval, tant au point de vue historique que dans des univers plus fantaisistes (littérature fantastique, jeux de rôle, etc.). Au fil du monumental ouvrage de Druon, je me suis découvert une grande affinité avec les romans historiques qui ne s’est jamais démentie.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus, avec la lecture ?

La possibilité de s’abandonner, de développer sa pensée au contact des idées. Parfois on se laisse porter, on est simplement témoin, observateur, et parfois on est en dialogue intérieur avec le livre, entre les mots sur le papier et les idées qui émergent. La possibilité de voyager aussi, autant à l’intérieur de soi que partout dans le temps et de par l’univers.

Vous avez quelques romans ­fétiches ?

J’aime le roman historique et presque tous les livres qui parlent de musique (essais, biographies, traités, correspondances, ouvrages techniques et, par-­dessus tout, les partitions elles-mêmes qui sont après tout aussi des livres). Mais mes livres fétiches, ceux qui m’ont parlé le plus, viennent en grande ­majorité de l’Amérique latine :

  • Marelle de Julio Cortázar (que j’ai lu et relu dans les diverses combinaisons possibles !). Pour moi, c’est LE magicien, avec Borges aussi, dont je dois absolument nommer Fictions (même si l’on ne peut pas appeler ça un roman). Je trouve que c’est de l’alchimie pure. Les jeux et modulations du temps, des lieux, des personnages, les mises en abyme... j’y vois beaucoup de parallèles avec ce qui me fascine dans la musique.
  • Je cite rapidement Alejo Carpentier pour Le partage des eaux et Concert baroque. Deux romans complètement fantaisistes qui, encore ici, sont baignés de musique.
  • Finalement, mon vrai livre de cœur : L’amour aux temps du choléra de Gabriel García Márquez, dont la couverture est depuis longtemps tombée en lambeaux tant ce roman m’a accompagné au fil des 25 dernières années. On parle plus souvent de Cent ans de solitude (et avec raison, c’est un livre mythique, monumental !), mais pour moi, la poésie, la sensualité et l’humanité de L’amour aux temps du choléra restent absolument incomparables.

Et qu’avez-vous lu de très bon au cours des derniers mois ?

J’ai relu avec bonheur les Chroniques de ma vie d’Igor Stravinsky. C’est un personnage tellement intéressant, plein de contradictions, et pourtant d’une cohérence inébranlable. Fait amusant : les Chroniques datent de 1935 alors que Stravinsky a continué à ­composer jusqu’à sa mort en... 1971. C’est néanmoins un témoignage inestimable pour quiconque s’intéresse à ce grand compositeur, et c’est un rare privilège de pouvoir lire les propos du créateur sur sa propre musique.

  • Le 40e anniversaire de la mort de Brel l’automne dernier m’a donné envie de relire Brel, La valse à mille rêves d’Eddy Przybylski. J’ai aussi découvert avec grand plaisir Tu leur diras, un témoignage très touchant de sa dernière compagne de vie, Maddly Bamy.
  • Je me suis délecté des Mémoires de Lorenzo Da Ponte : librettiste de Mozart. Même si l’on se doute bien qu’il y a une belle part de « créativité » et d’embellissement dans ces mémoires, il n’en reste pas moins que c’est un récit absolument extraordinaire d’un librettiste de génie. La collaboration entre Da Ponte et Mozart nous a laissé trois chefs-d’œuvre absolus. Et il faut bien reconnaître que les livrets de Da Ponte en sont (presque...) autant la cause que la musique de Mozart.

Il y a un roman parlant de musique que vous avez beaucoup apprécié ?

Ici, je pourrais vous faire une bien longue liste, car j’ai la chance d’avoir plusieurs amis lecteurs et mélomanes qui partagent leurs découvertes avec moi. J’en cite quelques-uns qui m’ont beaucoup plu : Le trajet d’une rivière d’Anne Cuneo, La suite lyrique de Guy Scarpetta, L’Oratorio de Noël de Göran Tunström, Les violons du roi de Jean Diwo, sans oublier Le joueur de triangle du Québécois Nicolas Gilbert, compositeur et auteur de romans tout aussi accompli !

Un livre a-t-il été pour vous particulièrement important ?

Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar. Livre que j’ai d’abord traversé, plus jeune, dictionnaire à la main, et auquel je suis retourné souvent en période de tumulte, de difficulté. Je sens qu’il me recentre, qu’il me purifie. Qu’il m’a apporté beaucoup de clés de sagesse.

En ce moment, que lisez-vous ?

Cet été dans le ménage, je suis retombé sur les romans d’Umberto Eco (Le nom de la rose et Baudolino) et je me régale ! Aussi, je viens tout juste de commencer Le Lambeau de Philippe Lançon, qu’on m’a offert pour mon anniversaire.