/weekend
Navigation

Les secrets sous la peau

WE 0817 Romans d'ici Boileau
Photo courtoisie Précis de survie hors de l’eau
Dominique Nantel
Tête première
348 pages

Coup d'oeil sur cet article

Une fillette se plie aux curieuses lubies d’un adolescent troublé ; un homme et une femme changent de corps, mais en gardant leur tête... Place à une plongée originale dans la psyché humaine !

Le pivot du récit Précis de survie hors de l’eau, c’est Rosi Filippini. Elle est née en Toscane en 1966 dans une maison isolée du monde en raison d’un effroyable déluge.

Sa mère n’aura de cesse ensuite de la mettre en garde contre la violence des eaux. Mais au milieu des années 1970, des Parisiens se sont installés au village – le père et son fils. Le jeune Émil est attiré par la fillette, et la réciproque est vraie. L’adolescent la fascine précisément parce qu’il lui fait apprivoiser l’eau.

Ils se voient secrètement, mais au fil du temps, les jeux d’Émil se font de plus en plus violents. Des bêtes sont sacrifiées, puis des bébés. Rosi, qui a grandi, comprend que pour sauver sa peau, elle doit fuir.

Elle arrivera à Montréal et se réfugiera un temps chez les Sœurs grises. Puis elle devient une séduisante femme, atteint la quarantaine et se lie à Laurent, médecin tombé fou amoureux d’elle. Or par une nuit d’abandon total, les corps des amoureux vont s’interchanger.

Que comprendre du phénomène, combien de temps va-t‐il durer ? Mystère. Après la panique, le couple s’en accommode – jusqu’au jour où Laurier constate que le corps de Rosi, qu’il habite, attend un enfant. Rosi disparaît... En la cherchant, il découvrira peu à peu son passé, bien particulier.

On l’aura compris, c’est un curieux roman, d’autant que les éléments qui permettent de comprendre le récit se mettent en place par morceaux épars.

Précision captivante

Et pourtant, c’est précisément quand elle décrit l’impossible ou encore la cruauté que l’on adhère le plus aux scènes décrites par Dominique Martel, qui signe ici son deuxième roman. Celles où il est question des familles « ordinaires » de Laurier ou de Rosi semblent au contraire plaquées, alourdissant le rythme du récit.

Il est beaucoup plus intéressant de suivre l’évolution du couple pris sans l’avoir voulu dans le corps de l’autre, et ce, dès le début du récit.

Dominique Martel est biologiste de formation, elle sait donc décrire avec une précision captivante le fonctionnement des corps féminins et masculins, et l’impact que cela a sur la manière de vivre le monde. Rarement aura-t-on aussi bien ressenti de l’intérieur ce qui signifie physiquement être homme, être femme.

De la même manière, elle sait nous faire entrer dans la tête d’Émil, autant dans sa jeunesse que vieillissant. Tout comme le personnage de Francesco, ex-amant de Rosi aux contours bien flous, s’avérera finalement fascinant en protecteur d’une œuvre signée de Vinci...

Le roman nous promène entre Montréal et l’Italie, et la langue de Dominique Martel est de toute beauté pour décrire les paysages traversés. Ce qui ajoute à l’étrangeté du récit, dense, mais combien intrigant.