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Un navigateur pris de remords

René Verville
Photo courtoisie René Verville

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Passionné à la fois par l’histoire de la Nouvelle-France et par celle de l’Acadie, le romancier René Verville a imaginé qu’un capitaine anglais pris de remords allait ramener des déportés acadiens chez eux, à bord de son propre vaisseau, dans son nouveau roman, L’Acadie du capitaine Dunning. L’histoire est fictive, les remords aussi, mais l’auteur s’est basé sur des faits historiques pour construire le roman.

À l’automne 1755, le capitaine Andrew Dunning, un navigateur de Boston, doit transporter des Acadiens hors du territoire appelé Nova Scotia. Son navire, le Mary, transportait habituel­lement de la morue. Cette fois, il part de Grand-Pré et mettra le cap sur Williamsburg, en Virginie, comme plusieurs autres vaisseaux. À son bord se trouvent 182 femmes, enfants et vieillards.

Séquestrés dans la cale du navire pendant des semaines, les Acadiens doivent patienter de longues semaines avant de prendre la mer. Et quand vient le temps d’appareiller, les conditions en mer sont horribles : manque de nourriture, absence­­­ d’hygiène, maladie, vermine. Les morts sont balancés par-dessus bord sans cérémonie.

À l’invitation de son second, le Dunning du roman descend un jour dans la cale du navire et constate à quel point ses passagers sont malades, affamés, et survivent dans d’atroces conditions.

Pris de remords en croisant le regard d’une Acadienne, le personnage du roman décide de son propre chef de ramener autant d’Acadiens chez eux, à bord de son propre navire.

« Il a voulu se faire pardonner par les Acadiens. Il avait transporté 182 personnes et s’est arrangé pour transporter 182 personnes hors du Massachusetts », explique l’auteur de 86 ans, en entrevue.

Réalité et imagination

Quelle est la part de réalité et de fiction dans son roman ? « Le capitaine a existé. Son bateau, le Mary, a existé. Il a transporté des Acadiens à partir de la baie de Gaspareaux, à Grand-Pré, jusqu’à Williamsburg. Ça, c’est tout vrai. Mais le reste est de l’imagination. » Y compris la volonté du capitaine de vouloir se faire pardonner.

René Verville, ingénieur de formation, s’est abondamment documenté sur l’histoire maritime, la vie à bord des navires et les lieux où plus de 12 000 Acadiens ont été déportés, pour dépeindre leurs conditions de vie.

« Dans les archives du Massachusetts et du Maryland, j’ai trouvé un paquet de renseignements sur les Acadiens. On peut lire toutes sortes de cas qui devaient être présentés devant la Chambre des représentants », note-t-il.

Une grande tournée dans les sites historiques­­­ acadiens des Maritimes – entre autres à Grand-Pré – lui a d’ailleurs­­­ inspiré ses trois romans.

À partir de Documents d’époque

René Verville a reconstitué le journal de bord de Dunning à bord du Mary, pour son retour fictif en Acadie, de Boston à Québec, à partir de documents d’époque. « J’ai inventé le logbook possible­­­ du Mary : la distance, le nombre de milles nautiques parcourus chaque journée, etc. »

Alexis Breault, mentionné dans le roman, est son ancêtre. « Mon arrière-grand-mère paternelle était une Acadienne, descendante d’Alexis Breault. Il était à Grand-Pré. Il a été déporté aux États-Unis et il est revenu s’installer à La Prairie, au Québec. »

  • René Verville est né à Nicolet en 1932 et habite à Victoriaville.
  • Il a fait carrière comme ingénieur électricien avant de se lancer dans l’écriture.
  • Il a aussi publié Le saule de Grand-Pré et Un Anglais à Grand-Pré.
L’Acadie du capitaine Dunning, René Verville, Éditions Fides,  288 pages
Photo courtoisie
L’Acadie du capitaine Dunning, René Verville, Éditions Fides, 288 pages