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Un alambic à la place de l’autel

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Photo Geneviève Quessy Pascal Gervais, copropriétaire de la Distillerie Les Subversifs, devant l’alambic où sont produits leur gin et autres spiritueux.

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SOREL | En entrant dans l’église Marie-Auxiliatrice de Sorel, le bruit d’une ligne de montage nous accueille, ainsi qu’une forte odeur de fruits. Ici sont distillés des alcools forts, dont la consommation était un péché.

Bien avant qu’ils achètent la petite église pour y aménager leur production de spiritueux en octobre dernier, la distillerie de Fernando Balthazard et Pascal Gervais, fondée en 2010, s’appelait Les Subversifs.

Aller à contre-courant pour bouleverser l’ordre établi était déjà au coeur de leur philosophie.

« On a été les premiers à fonder une entreprise qui avait comme seul objectif de distiller des alcools forts », dit Pascal Gervais. Depuis la fondation des Subversifs, 45 distilleries ont vu le jour, un phénomène en pleine croissance.

Du bingo à l’embouteillage

Les deux distillateurs cherchaient un lieu original pour installer leur production quand ils ont vu la petite église de Sorel à vendre.

« Il y avait encore des cérémonies quelques jours avant qu’on prenne possession des lieux », raconte M. Gervais.

Le mobilier et la cloche ont été retirés et les distillateurs ont acquis un bâtiment vide. À la place de l’autel, ils ont installé leur imposant alambic en cuivre de 350 litres, acheté en Allemagne. Dans la salle communautaire du sous-sol où se déroulait autrefois le bingo, ils ont disposé la ligne d’embouteillage et le stockage des bouteilles.

C’est là qu’ils produisent le gin au panais Marie-Victorin, ainsi que d’autres spiritueux comme la Crème de menthe de Isabelle et le Réduit de Léo, à raison de 300 000 bouteilles par années.

« On a choisi de nommer nos alcools du nom de personnages subversifs de notre histoire », explique Pascale Gervais.

Plaisir délinquant

Si distiller dans une église lui procure un petit plaisir délinquant, Pascal Gervais ne sent pas de «fantôme» hanter l’endroit pour lui reprocher quoi que ce soit. « On n’a pas vraiment le temps de penser à ça », dit-il en riant.

Selon lui, les citoyens sont heureux de voir leur église avoir une seconde vie.

« Le presbytère est prêté à un OBNL. Ils ont créé des jardins comestibles où tout le monde peut se servir, et les gens viennent régulièrement nous voir. Ça maintient une vocation communautaire à l’endroit », indique M. Gervais.