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Tennis: un toit de 70 M$ subventionné? Non merci

 Tennis: un toit de 70 M$ subventionné? Non merci
PHOTO D'ARCHIVES, BEN PELOSSE

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Ça va faire les folies.  

Que vois-je comme titre d’article paru dans Le Journal de Montréal du 12 août 2019? «Coupe Rogers à Montréal: un toit pour assurer l’avenir du tournoi».    

Ce qui est mis de l’avant, c’est du chantage et faire peur au monde. Dorénavant, ça prend un toit rétractable au stade IGA, sinon c’est la fin du tournoi de tennis d’une semaine à Montréal, que nous dit le dirigeant de Tennis Canada, Eugène Lapierre.    

Un petit caprice de 70 millions de dollars payé à même l’argent des contribuables. Et ce, pour une patente qui sert une semaine par année, comme le Grand Prix automobile, pour voir se débattre des joueurs de tennis professionnels qui élisent souvent domicile dans des paradis fiscaux, comme Bahamas et Monaco, afin de ne pas payer d’impôts sur leurs gros revenus même si tout leur apprentissage et leur formation ont été financés encore une fois par des fonds publics.   

Les changements climatiques ont le dos large  

Argument de taille que nous sert monsieur Lapierre: ça prend absolument un toit en raison des changements climatiques. C’est du n’importe quoi. Oui, il y a de fait des changements climatiques en raison de la pollution de toute sorte, mais il me semble que nos gouvernements devraient dégager des fonds publics à d’autres choses plus structurantes et plus utiles que subventionner un toit rétractable pour un stade de tennis.    

Par exemple, financer la conversion de notre agriculture afin d’utiliser moins de produits chimiques, reboiser et mettre fin à la déforestation et aux coupes à blanc, recycler le verre et le plastique, etc.   

Seuls les fous ne changent pas d’idée  

L’article du Journal commence ainsi: «Eugène Lapierre jugeait il y a quelques années qu’il n’était pas nécessaire d’avoir un toit sur le court principal pour son tournoi».   

Maintenant, monsieur Lapierre a changé d’avis. Ce toit constitue maintenant «une structure essentielle» à la pérennité de son événement, même si la majorité des tournois de tennis du Master 500 et 1000 n’ont pas de capot.    

Si monsieur Lapierre est sincère, il sera donc d’accord avec moi qu'il faut arrêter de subventionner la grosse course automobile du Grand Prix tenue chaque année à Montréal pendant une grosse fin de semaine afin d’atténuer son impact sur le réchauffement climatique. Parlant d’émissions de gaz à effet de serre qui provoquent ces changements climatiques, les centaines de joueurs et de joueuses de tennis qui voyagent chaque semaine en avion qui polluent à travers le monde ne sont pas des modèles écologiques.   

François Legault, grand amateur de tennis  

Monsieur Legault a assisté au dernier tournoi de tennis à Montréal assis confortablement dans un beau siège de luxe avec sa conjointe. Mais ce n’est pas une raison suffisante pour aller dire: «Québec ouvert à financer un toit [avec nos impôts]» (Le Journal de Montréal, 12 août 2019).   

Par contre, il ne veut pas subventionner la construction d’un stade de baseball à Montréal qui pourtant servira six mois par année: «Québec réitère son refus au financement d’un stade» (Le Journal de Montréal, 28 juin 2019).   

Il faut que l’État investisse dans les sports accessibles  

Ça n'a aucun sens de financier le toit d’un terrain de tennis professionnel. Un sport, comme la course automobile d’ailleurs, accessible à une minorité de privilégiés en raison des coûts élevés. Oui, il est important que les gens fassent du sport. Mais des sports que la population peut se permettre comme le soccer, la course à pied, la natation, le ski de fond, le baseball, etc. C’est dans ce type d’activités sportives que nos gouvernements doivent investir notre argent et non dans des sports pratiqués par une minorités d’enfants riches. L’élite est déjà subventionnée.    

Mettre fin aux demandes répétitives  

Il faut fermer le robinet de ce bar ouvert. En 2011, nos gouvernements allongeaient 5 M$ de notre argent pour simplement: «De nouveaux terrains sur le toit des anciens» (La Presse, 16 juin. 2011).     

Et puis pour l’année auparavant, nos élus corrigeaient une «grave injustice»: «Projet de 12 millions pour rénover le stade Uniprix [maintenant appelé le stade IGA]» (La Presse, 16 mai 2009), alors que les joueurs de tennis professionnels ne pouvaient plus jouer sur de la terre battue, seulement sur de la surface dure.    

N’ayons pas peur des mots: un drame humanitaire!   

Il faut vraiment arrêter, au nom de l’intérêt collectif, de subventionner des affaires comme le Grand Prix, le tennis professionnels et son luxueux stade et les trop nombreux festivals. Il me semble qu’il y a plein d’autres choses plus essentielles et même nécessaires à financer (et qui concernent plus de gens) qu'un autre caprice de dirigeants du tennis qui tiennent absolument à avoir un beau petit joujou de toit. Si on ne consent pas à leur verser 70 M$ de fonds publics pour leur stade décapotable, ils menacent de partir. Soit, qu’ils partent comme le Grand Prix automobile.