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Recommencer à zéro

Maude-Aimée LeBlanc a songé à tout arrêter avant de s’accorder une autre chance

Maude-Aimée LeBlanc a joué sans pression jeudi à Aurora, remettant une carte de 77.
Photo courtoisie, Golf Canada Maude-Aimée LeBlanc a joué sans pression jeudi à Aurora, remettant une carte de 77.

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AURORA, Ontario | À un certain moment l’automne dernier, Maude-Aimée LeBlanc a cru tout lâcher. Claquer la porte. Remiser son sac pour de bon et disparaître du monde du golf. Elle n’en pouvait plus. Au bord du précipice après avoir raté les qualifications du Q-School en novembre, elle a pris quelques mois pour réfléchir à son avenir.

Durant la période la plus sombre de sa carrière, la golfeuse de 30 ans ne se retrouvait plus. Affectée par l’anxiété grandissante des dernières années, elle ne savait pas si faire un pas vers l’arrière pour ensuite en faire deux vers l’avant en valait la chandelle.

Elle ne voulait pas retourner évoluer au sein du circuit Symetra, l’antichambre de la LPGA. Sa 51e place au terme des huit rondes du Q-School à Pinehurst l’avait sonnée et giflée en plein visage. Les joueuses du top 40 obtenaient leur carte de la LPGA pour 2019. Les autres étaient rétrogradées dans les « mineures ».

Sa faiblesse des dernières années, son jeu court sur les verts, l’avait rattrapée. Même si elle était satisfaite de son jeu global, LeBlanc ne voyait aucune progression. Tout s’écroulait sur les verts. Perdue, elle coulait dans un tourbillon vicieux.

À la recherche du bonheur

Elle n’était plus heureuse tant sur les parcours que dans sa vie personnelle. Elle n’arrivait pas à trouver un lieu pour se ressourcer alors qu’elle pensait sans cesse aux classements, aux bourses, aux chèques à encaisser, empêtrée dans la routine hebdomadaire du circuit.

« J’ai complètement remis en question mon futur, ce que je voulais faire dans ma vie. L’amour du golf n’y était plus. Mon intérêt pour ce sport était à moins 1000. Il m’amenait énormément de stress et de moments de dépression. Je ne voyais pas la lumière au bout du tunnel », a raconté la Québécoise avec émotion derrière ses lunettes fumées.

Cette pause de quelques mois sans toucher, ni même penser, à une petite balle blanche et un bâton a créé l’effet escompté.

Après avoir acheté une propriété à Vero Beach, en Floride, et en retrouvant le bonheur dans sa vie, elle a décidé d’accorder une autre chance à sa passion.

De joyeux événements, tels que son mariage, ont remis les choses en perspective en lui permettant de retrouver l’équilibre et une saine santé mentale grâce à l’aide psychologique.

« En prenant ma décision, je me suis juré que je jouerais seulement si je le désirais. Si le plaisir n’y était pas, je n’y serai pas. Si je suis ici, c’est que je le veux », a mentionné celle qui a participé à 14 tournois du Symetra cette saison en terminant à cinq reprises dans le top 10.

« La saison se déroule bien. Ce n’est pas catastrophique, mais je suis loin de faire une belle vie avec 40 000 $ de bourses quand les dépenses grimpent à plus de 30 000 $. Il n’en reste pas beaucoup dans les poches », a exprimé celle qui a jusqu’à présent amassé 40 494 $.

LeBlanc occupe le 20e rang dans la course à la carte Volvik. Les 10 premières golfeuses obtiennent leur clé de la LPGA en prévision de l’an prochain. Il lui reste donc cinq tournois pour grimper au classement.

Dans sa volonté de retrouver ses repères sur les parcours, elle visait uniquement à évoluer dans l’antichambre de la LPGA cette saison. En profitant d’une invitation à l’Omnium canadien féminin durant une semaine de congé au calendrier du Symetra, elle a saisi l’opportunité.

La Sherbrookoise s’est donc présentée au club de golf Magna sans avoir rien à perdre. Elle considérait ce saut dans la grande région de Toronto comme un bonus à sa campagne.

Nouvelle technique

Et curieusement, alors que son élan n’est pas tout à fait à point, selon selle, son fer droit collabore comme il l’a rarement fait dans le passé. Étrange, le golf...

« Il enlève de la pression sur le reste de mon jeu, a-t-elle signalé avec un sourire en coin. C’est un drôle de sport, car auparavant, c’était catastrophique. »

Pour ne plus souffrir sur les verts, LeBlanc a mis les bouchées doubles avec des entraîneurs spécialisés et des psychologues. Ainsi, elle a changé son fer droit, modifié sa prise, sa technique et surtout, son approche mentale.

« J’ai délaissé la blade pour le gros mallet que je ne croyais jamais utiliser. Je me concentre sur ce que je peux contrôler. Je m’exécute les pouces collés sur la prise, comme ça, je peux contrôler la vitesse et la direction. C’est plus constant », a expliqué la grande droitière.

Chasser les fantômes

Si elle avait décidé de mettre un terme à sa carrière, LeBlanc aurait souhaité chasser les fantômes. L’univers paranormal l’intrigue depuis plusieurs années.

Amateure des émissions sur le sujet à la télévision américaine, elle a raconté avoir vécu quelques épisodes bizarroïdes et sans explication sensée depuis quatre ans, dont une fois dans un vieil hôtel du Massachusetts tandis qu’elle participait à un tournoi.

Sans en être apeurée, elle préfère croire qu’un ange gardien veille sur elle.

« J’aimerais démarrer ma propre firme d’investigation paranormale. J’adore ça, a-t-elle assuré en riant, surprise des nombreux sites paranormaux du Québec. C’est intrigant. »

Pour l’instant, elle tente de remédier à ce qui cloche avec son élan, en arborant un sourire qui avait disparu au fil des dernières saisons.