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Virée à la NASA pour attirer les jeunes

Le nombre d’élèves inscrits en chimie et physique a doublé en 10 ans à Mont-Laurier grâce à cette initiative

Ecole voyage Nasa
Photo courtoisie Fany Gauthier Cloutier, en 2012, lors du voyage de sa cohorte de 5e secondaire en Floride. Aujourd’hui âgée de 24 ans, elle travaille depuis trois ans comme inhalothérapeute, un domaine pour lequel ses cours de sciences lui ont été utiles. 

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En 10 ans, un prof a réussi à faire doubler les inscriptions en chimie et physique de 5e secondaire à son école grâce à un projet de voyage à la NASA qui fait saliver les jeunes de Mont-Laurier.

« Dans la classe de mon gars [en 1re secondaire], c’est rendu que c’est important de réussir à l’école » pour pouvoir un jour participer au voyage, témoigne Normand St-Amour, qui voit l’impact du projet à la fois comme père et comme maire du village de Chute-Saint-Philippe, dans les Laurentides.

Il y a 10 ans, moins d’un jeune sur quatre qui terminait son secondaire à la Polyvalente Saint-Joseph de Mont-Laurier était inscrit en chimie et en physique, des matières que beaucoup redoutent.

« On a remarqué que plusieurs préféraient se prendre une année facile. On trouvait ça triste, alors on s’est dit : qu’est-ce qu’on peut faire pour les encourager à s’inscrire en sciences ? » se rappelle l’enseignant Sylvain Leduc.

L’homme de 58 ans a donc eu l’idée d’organiser un voyage de neuf jours à Orlando en Floride, qui inclut une visite à la NASA et un dîner en compagnie d’un astronaute. Les jeunes vont aussi profiter des sites Animal Kingdom et Epcot de Disneyland, avec en prime une activité scientifique sur le fonctionnement des manèges.

Il faut réussir ses sciences

Pour y participer, les jeunes doivent réussir leurs cours de sciences, et faire 50 heures de travail dans une entreprise de la région, ce qui paie une partie de leur voyage.

« J’étais tanné des ventes de chocolat », dit M. Leduc en riant.

Résultat : plus de la moitié des finissants sont inscrits en chimie et physique cette année, un exploit pour cette école située en milieu défavorisé à plus de 200 km de Montréal.

« Je ne suis pas certaine que j’aurais fait mes sciences sans ce voyage-là », avoue Fany Gauthier Cloutier, qui y a participé en 2012. Ce choix lui aura été bénéfique puisqu’elle est maintenant inhalothérapeute.

Il arrive parfois qu’après le premier examen de l’année, une vingtaine d’élèves paniquent parce qu’ils sont en échec.

« Je leur dis : calmez-vous. On va travailler », relate l’enseignant.

« C’est un projet motivateur, surtout pour nos garçons, pour les inciter à rester à l’école », observe Nathalie Ducharme, directrice de l’école.

Répliquer le projet

Sylvain Leduc compte maintenant s’adresser au ministère de l’Éducation afin que le projet puisse être répliqué dans d’autres régions.

« Il n’y a jamais d’enveloppe pour ces jeunes-là : ceux qui sont corrects, mais qui ont besoin d’un coup de pouce pour être motivés », remarque-t-il.

Questionné sur la proportion d’élèves de 5e secondaire inscrits en sciences dans l’ensemble de la province, le ministère de l’Éducation n’avait pas répondu au moment de publier ces lignes.

NOMBRE D’INSCRIPTIONS

Élèves de 5e secondaire en chimie et physique

2008-2009 | 54 sur 227 | 24 %

2018-2019 | 112 sur 205 | 55 %

2019-2020 | 102 sur 190 | 54 %

Source : École polyvalente Saint-Joseph de Mont-Laurier

Des retombées sur l’ensemble de la région

L’engouement pour les sciences qu’a généré le projet de Sylvain Leduc a des retombées à l’extérieur de l’école, que ce soit dans les entreprises du coin, au cégep et même jusqu’au centre hospitalier, témoignent plusieurs intervenants.

Jusqu’à l’an passé, Patrice Deslauriers travaillait comme recruteur pour le réseau de la santé. Quand il devait convaincre les médecins et leur famille de s’installer à Mont-Laurier, où il n’y a pas d’école privée, il lui fallait souvent vanter la qualité de l’éducation dans la région, raconte-t-il.

Il estime avoir attiré une cinquantaine de médecins sur une période de 10 ans, notamment grâce à l’exemple de ce projet de sciences.

La hausse du nombre de diplômés ayant complété leurs cours de physique et de chimie fait aussi en sorte que plus de jeunes s’inscrivent en sciences de la nature au cégep, remarque Benoît Deschênes Simard, enseignant de chimie au Centre collégial de Mont-Laurier.

Des labos rénovés

Grâce à l’argent amassé par les étudiants qui travaillent, les laboratoires ont pu être rénovés. Il est plus facile de se procurer de l’équipement pour faire de la recherche, explique-t-il.

« Ça a un effet boule de neige », résume-t-il.

« J’en parle puis j’ai de l’émotion », dit Normand Saint-Amour, maire de Chute-Saint-Philippe. Dans un milieu défavorisé, « ça vient briser le cycle [du désespoir] ».

Il croit même que ce bassin de jeunes diplômés pourrait éventuellement attirer des entreprises, notamment en informatique.

Atténuer la pénurie

Pendant ce temps, des magasins et casse-croûtes sont bien contents d’accueillir ces élèves comme employés pour financer leur voyage.

C’est le cas de la pharmacienne Nancy Cloutier, qui fait face à une pénurie de personnel.

« Ça m’aide dans mon recrutement. Après, on les garde [comme employés à temps partiel]. »

« Ça m’a donné mon premier emploi. Maintenant, tous les étés, je reviens [travailler à la pharmacie] », raconte Noémie Diotte, 20 ans, qui est aujourd’hui étudiante en ergothérapie à l’Université Laval.

 

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