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2 millions $ d’Emploi-Québec à une start-up liée à un paradis fiscal

Le nom d’un des actionnaires de Stradigi AI figure dans les Bahamas Leaks

Le PDG de Stradigi AI, Basil Bouraropoulos (à gauche), a annoncé en mai la nomination du leader du groupe The Black Eyed Peas, will.i.am (au centre), comme « conseiller en intelligence artificielle pour l’éthique et les biais », avec Carolina Bessega.
Photo courtoisie Le PDG de Stradigi AI, Basil Bouraropoulos (à gauche), a annoncé en mai la nomination du leader du groupe The Black Eyed Peas, will.i.am (au centre), comme « conseiller en intelligence artificielle pour l’éthique et les biais », avec Carolina Bessega.

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Emploi-Québec a accordé une aide financière de 2 millions $ à la start-up d’intelligence artificielle Stradigi AI dont l’un des actionnaires est lié à un paradis fiscal, a appris Le Journal.

En janvier dernier, Emploi-Québec a octroyé 2 millions $ sur trois ans à la start-up montréalaise Stradigi AI pour l’aider à créer et maintenir 530 emplois chez nous.

Or, l’un des actionnaires de Stradigi AI est Brendan Dunn, un nom qui figure dans les Bahamas Leaks du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ).

« C’est effrayant »

Brendan Holt Dunn réside aux Bahamas. Il est le PDG de la Holdun Family Office, dont les bureaux sont situés aux Bahamas et aux îles Caïmans, selon leur site web.

Pour le spécialiste des paradis fiscaux Franck Jovanovic, le fait d’allonger des millions de dollars de fonds publics à une société dont l’un des actionnaires est lié à un paradis fiscal n’est pas l’idée du siècle.

« Si Emploi-Québec a fait ça en toute connaissance de cause, c’est effrayant. S’ils l’ont fait sans le savoir, c’est aussi effrayant parce que l’on perd une partie de notre argent public », a déploré le professeur à l’École des sciences de l’administration de la TÉLUQ.

Selon lui, la présence de Brendan Holt Dunn ne tiendrait pas du hasard. « Peut-être a-t-il été mis actionnaire minoritaire parce qu’il a des connaissances en finance offshore ? » se demande-t-il, en précisant que « cela peut être parfaitement légal ».

« Il n’est pas justifiable qu’un État finance l’activité d’entreprises qui inscrivent leurs activités hors de toute portée sur un plan fiscal et juridique », dénonce de son côté Alain Deneault, auteur de Paradis fiscaux : la filière canadienne.

Joint par Le Journal, le PDG et cofondateur de Stradigi AI, Basil Bouraropoulos, a préféré répondre par la bouche de sa firme de relations publiques Edelman.

Pas d’entrevue

« Brendan Holt Dunn est un actionnaire minoritaire de Stradigi AI et un partenaire d’affaires qui a cofondé en 2018 Holt Accelerator avec moi », s’est-il défendu, en refusant de dire quel pourcentage de la compagnie il détient.

Brendan Holt Dunn fait partie de la famille de Herbert Holt, cofondateur de « la Compagnie de lumière, chaleur et électricité de Montréal, qui est devenue Hydro-Québec », a rappelé Basil Bouraropoulos, en soulignant l’expertise de l’investisseur.

Chez Emploi-Québec, on n’a pas pu dire si l’organisation savait que l’un des actionnaires de Stradigi AI était lié à un paradis fiscal.

Quant à Brendan Holt Dunn, il n’a pas donné suite à nos demandes d’entrevue.

– Avec la collaboration d’Andrea Valeria 

Stradigi AI

Fondation : 2017

Employés : 135

Bureaux : Montréal et Toronto

Actionnaires majoritaires : Basil Bouraropoulos, Curtis Gavura, Carolina Bessega et Jamie Camacaro

Actionnaire minoritaire : Brendan Holt Dunn

Source : Stradigi AI

Subventions d’Emploi-Québec

2018-2019 : 283 710 $

2019-2020 : 760 000 $

2020-2021 : 956 290 $

TOTAL : 2 millions $

Source : Emploi-Québec