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Le secret de Polichinelle

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Capture d'écran, TVA Nouvelles

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Enfin. La science a parlé. Dans une méta-analyse, le docteur Laurent Mottron lance un avertissement majeur : de plus en plus d’enfants sont diagnostiqués « autistes » alors qu’ils ne le sont peut-être pas. Dans les milieux de la santé et des services sociaux, aussi frappant soit-il, ce constat est néanmoins un secret de Polichinelle.

Pour les enfants mal diagnostiqués, les conséquences sont lourdes. On les « traite » pour un trouble qu’ils n’ont pas. Le phénomène est aussi coûteux. Il draine inutilement des services publics qui devraient aller aux personnes vraiment atteintes d’autisme. Par ricochet, tous ces mauvais diagnostics d’autisme privent encore plus durement de services les enfants et adultes vivant avec une déficience intellectuelle (DI).

Miettes

Pourquoi ? En santé et services sociaux, la DI et le trouble du spectre de l’autisme (TSA) sont amalgamés dans les mêmes budgets. Résultat : combinées à l’explosion anormale de supposés cas de TSA et l’indifférence crasse du gouvernement Couillard envers la DI, la « clientèle » déficiente intellectuelle et leurs familles s’en sont trouvées gravement pénalisées en matière de services et de soutien financier.

Le Dr Mottron le dit sans hésiter. Même dans les écoles, on fait pression pour obtenir des diagnostics d’autisme. Pourquoi ? Parce que des ressources supplémentaires viennent avec. Les déficients intellectuels, eux, n’ont que les miettes restantes. Mais attention. À l’âge adulte, ça se corse encore plus.

Les autistes correctement diagnostiqués et les adultes déficients intellectuels sont de plus en plus nombreux à tomber dans le même trou noir. La série documentaire diffusée sur la chaîne MOI ET CIE – Autiste, bientôt majeur –, le montre fort bien pour les autistes. Or, les personnes déficientes intellectuelles le vivent tout autant.

Les manques sont partout. Une iniquité financière abyssale règne entre les familles naturelles et les familles d’accueil. Les listes d’attente en tous genres sont interminables. Les centres de jour se font rares. Le soutien financier se limite à l’aide sociale et quelques grenailles. Le « système » fait pression sur des familles naturelles pour qu’elles « placent » leur enfant adulte dans une famille d’accueil, même si elle est inadéquate pour ses besoins.

Justice sociale

Le vieillissement touche aussi les personnes déficientes et leurs familles, mais personne n’en parle. Même la réadaptation disparaît. Les services publics n’aident pas les familles naturelles à en faire. Quant aux familles d’accueil, celles qui, de plus en plus rares, travaillent à améliorer les capacités d’une ou d’un résident voient leur financement public diminuer si elles réussissent.

Les solutions ? Elles sont nombreuses, mais commençons par les principales. Primo, revoir les critères du diagnostic d’autisme pour éviter les faux. Deuxio, cesser de noyer la « clientèle » de la déficience intellectuelle dans le vaste magma des « troubles envahissants du développement », dont l’autisme.

Les personnes déficientes et leurs familles, du berceau au tombeau, doivent avoir leurs propres ressources en santé et services sociaux. Pour ce faire, un état documenté de la situation globale de la DI est urgent.

Le gouvernement Legault est capable d’humanisme et de justice sociale. Autant pour la déficience intellectuelle que pour l’autisme, l’heure d’agir est venue.