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Les secrets des Global Express émiratis

Les secrets des Global Express émiratis
Photo tirée de Wikipedia

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Dans mon blogue «Le Global Express s’en va-t-en-guerre» sur les versions militaires de l’appareil, j’écrivais que les Émirats arabes unis avaient acquis deux Global Express 6000 pour des missions spéciales secrètes. Le journal israélien Haaretz y va de nouvelles révélations à ce sujet: c’est l’entreprise d’un mystérieux homme d’affaires israélien, Mati Kochavi, qui a fourni les deux avions aux ÉAU et qui a dirigé leur transformation en avions-espions.

Haaretz révèle que l’acquisition et la conversion des deux appareils ont impliqué des dépenses de 846 millions de dollars américains et qu’au moins une partie de cette somme a été payée en espèce. Le journal puise notamment ses informations dans l'énorme fuite des Paradise Papers rendue publique en 2017 par le Consortium international des journalistes d'investigation.   

Originaire d'Haïfa, Kochavi, 57 ans, a fait fortune dans l'immobilier aux États-Unis. Ses intérêts et ses investissements sont maintenant axés sur les technologies avancées et sont entourés d’ombre et de mystères. Ses employés doivent signer des accords draconiens de confidentialité. Selon Haaretz, les entreprises de Kochavi emploient des dizaines d'officiers retraités des Forces armées israéliennes, ainsi que d'anciens responsables du Mossad et du Shin Bet, les deux principaux services secrets du pays (www.haaretz.com/1.5034022).    

L’enquête de Haaretz établit que c’est la société AGT International, basée à Zurich et appartenant à Kochavi, qui a acheté les deux Global Express 6000 de Bombardier (numéros de série 9494 et 9517) pour environ 43 millions d'euros chacun. AGT a fourni une quantité importante des systèmes de surveillance électronique des aéronefs, chargeant la société britannique Marshall d’effectuer le travail en sous-traitance pour près de 100 millions de dollars. Marshall a l’expérience nécessaire. L’entreprise a déjà modifié cinq Global Express 6000 à des fins de surveillance électronique pour la Royal Air Force.   

C’est la volonté de surveiller l’Iran qui a poussé les Émiratis à investir ces énormes sommes d’argent dans l’acquisition d’avions-espions. Haaretz explique que ces appareils seront capables d'intercepter les communications, d'identifier, de localiser et de cartographier les systèmes électroniques exploités par l'Iran en temps réel – y compris les systèmes de défense qui protègent ses installations de recherches nucléaires et ses bases aériennes. Des informations qui seraient déterminantes pour préparer une frappe israélienne contre celles-ci.   

Les révélations de Haaretz sont une indication supplémentaire des relations étroites qui se développent entre Israël et les Émirats arabes unis face à leur ennemi commun, l’Iran. Les liens secrets entre l'État juif et le monde arabo-musulman sont gérés par le département du Mossad appelé Tevel qui a aussi la responsabilité des liaisons avec les services de renseignements étrangers.   

D’ailleurs, la semaine dernière, le New York Times rapportait que les deux pays participaient avec les États-Unis à un consortium secret d’échange d’informations sur l'Iran. Il ne serait guère étonnant, dans ce contexte, que le gouvernement israélien ait autorisé et même facilité la fourniture de ces avions-espions aux Émiratis afin d’avoir accès aux informations qu’ils vont recueillir. Haaretz cite d’ailleurs un porte-parole de Kochavi sur l’implication du gouvernement israélien dans ce dossier: «Toutes les activités sont menées en coordination avec et sous la direction du ministère de la Défense et de toutes ses divisions.»