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Environnement : l’hypocrisie des élus

Environnement : l’hypocrisie des élus
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La liberté, la démocratie et l’égalité des chances ne sont que purs fantasmes dans les pays occidentaux.  

Les élus parlent, mettent en place des commissions paquetées, financent des études biaisées et parlent encore, et ça suffit à convaincre les innocents. Ils disent vouloir combattre les inégalités économiques et l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux, améliorer nos services publics et réduire la pollution. Dans les vrais faits, ils ne font absolument rien. Bien au contraire, ils promulguent des règlements et des lois qui aggravent ces phénomènes, au grand plaisir du patronat. Ça fait plus de 30 ans que l’on prétend mettre fin aux paradis fiscaux, aux inégalités économiques, améliorer nos services publics et réduire la pollution. Dans les faits, ça a empiré.     

Oui au projet pétrolier Frontier des sables bitumineux  

Vous n’êtes pas tannés de faire rire de vous et de vous faire prendre pour des imbéciles passifs et conciliants? Le 4 août dernier, je suis tombé sur cette brève publiée dans Le Devoir, intitulée: «Le projet Frontier dans l’intérêt public malgré ses effets négatifs, juge la [plutôt deux] commission d’examen».  

Dans l’intérêt public, même si ces deux organismes asservis, supposément publics, que sont l’Agence canadienne d’évaluation environnementale (une farce) et l’Agence de réglementation de l’énergie de l’Alberta ont affirmé, à propos de ce nouveau projet d’exploration des sables bitumineux en Alberta, que: «Même s'il anéantira de manière irréversible plusieurs milieux naturels, en plus de représenter une menace pour la biodiversité des espèces en péril et l’atteinte des objectifs de l’Accord de Paris, le projet d’exploration des sables bitumineux Frontier est dans l’intérêt public». Honteux et dégradant. Et nous, comme des valises, on accepte ça sans broncher. Comment cette patente polluante peut-elle être dans l’intérêt public? Ça va créer des jobs, vous croyez? Mais on est en pénurie de travailleurs. C’est avant tout et seulement dans l’intérêt particulier des pétrolières et de leurs actionnaires. Il faut arrêter de surfer sur le délire de la croissance économique et du produit intérieur brut (PIB). La planète n’en peut plus et, déjà, des populations en souffrent. Il faut privilégier la croissance zéro, et même la décroissance, si on veut léguer une planète viable aux générations futures.  

Idem pour l’Office national de l’énergie (ONE)  

Un autre organisme assujetti qu’est l’ONE, dont: «Trois des cinq membres du comité [censé conseiller le gouvernement fédéral sur les moyens de moderniser l’ONE] sont près du secteur des pipelines» (Le Devoir, 9 novembre 2016). Modernisé ou pas, en 2017, cet organisme aliéné a pris cette position hystérique: «Colombie-Britannique. Un gazoduc passera à travers l’habitat des caribous menacés [en voie d’extinction]. L’Office national de l’énergie juge le projet Wynwood Pipeline utile à l’intérêt public canadien».   

Au diable les parcs nationaux  

«Sables bitumineux. Un projet d’exploitation près du plus grand parc national du Canada [parc Wood Buffalo]».  

Encore ce projet Frontier que la pétrolière Teck, entre autres, veut entreprendre, même si: «L’UNESCO a tiré la sonnette d’alarme, affirmant que le Canada manquait à ses devoirs de protection de cet important milieu naturel qui compte de vastes forêts et plusieurs cours d’eau. Ce parc est reconnu depuis 1983 en raison de sa valeur universelle exceptionnelle». Pas grave, c’est d’intérêt public de forer et de varger, que nous ont dit les experts de l’Agence canadienne d’évaluation environnementale.   

Le Nouveau-Brunswick «aussi pire»  

La Cour suprême du Nouveau-Brunswick a rejeté le projet Northern Pass (pylônes électriques) d’Hydro-Québec, sous prétexte que ce réseau électrique nuirait au tourisme et à la valeur des maisons. Par contre, le gouvernement de cette province tient à relancer le projet de construction du pipeline Énergie Est, qui acheminerait du pétrole sale au Nouveau-Brunswick et qui devrait obligatoirement passer par la province du Québec. Cherchez le bon sens! Une écologie à géométrie variable, n’est-ce pas?   

Le fédéral achète un pipeline  

Encore dans l’intérêt public, le gouvernement libéral du Canada a posé un geste vert vraiment courageux en versant 4,5 milliards de dollars de fonds publics afin d’acquérir l’oléoduc TransMountain. Et pour mieux se moquer de vous: «TransMountain: le fédéral [PLC] admet qu’il pourrait s’avérer ardu [mais ce n’est pas sûr] de défendre sa décision dans le contexte des changements climatiques».   

Comme toujours, ça va presque passer comme du beurre dans la poêle auprès de beaucoup de gens plus préoccupés par d’autres choses, comme le sport et les variétés dites artistiques. Comme on est en démocratie, on permettra au bon peuple de chialer un peu en sachant à l’avance qu’il n’ira pas plus loin et s’écrasera à nouveau. Je l’ai dit, les priorités du peuple sont ailleurs.  

À celles et ceux qui voteront pour le Parti conservateur aux prochaines élections fédérales, sachez que celui qui aspire à devenir premier ministre du Canada a affirmé ceci: «Scheer musellerait l’opposition aux pipelines».  

Vous maintenez toujours que vous vivez dans un pays libre et démocratique?  

Autre bonne nouvelle écologique  

«Ottawa autorise BP à forer au large de la Nouvelle-Écosse».  

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule: «Pétrole en Arctique: vers une levée du moratoire sur l’exploitation. Le PLC entame des pourparlers afin d’assouplir l’interdiction actuelle» (Le Devoir, 5 octobre 2018). Toujours dans l’intérêt public...  

Et pendant ce temps, en Nouvelle-Zélande et au Costa Rica: «La Nouvelle-Zélande n’accordera plus de permis d’exploration pétrolière et gazière en mer».  

Et au Costa Rica: «Le nouveau président veut fermer les vannes des énergies fossiles».  

Mais ils sont fous, les politiciens de ces pays? Ils ne privilégient donc pas l’intérêt public, comme on le fait au Canada et au Québec?  

Prioriser et magnifier l’intérêt public, ça donne?  

«Le Canada, un cancre environnemental» et «Climat. Le Canada se réchauffe deux fois plus vite que la planète. Environnement Canada s’alarme de la menace qui plane sur le pays».  

Il ne faut pas s’alarmer. L’enrichissement des élites et la création de quelques jobs judicieusement subventionnés priment sur le combat environnemental miné par les terroristes écologistes.   

Et tout cela n’empêche pas les libéraux fédéraux de...  

«Les libéraux veulent déclarer “l’urgence climatique nationale”. La motion déposée par Catherine McKenna [ministre libérale de l’Environnement] relève de l’hypocrisie, affirme le NPD».  

Le NPD a entièrement raison. Urgence climatique libérale dans le sens de polluer davantage malgré les belles paroles.  

Une chance que le ridicule ne tue pas. Voilà que la même ministre libérale de l’Environnement exhibe son naturel et déclare lutter énergiquement contre le réchauffement climatique avec, pour courageuse résolution: «Un pas à la fois, dit McKenna».  

Petit train va loin, comme dit le poète...  

Pour la désobéissance civile  

Face à ce délestage environnemental, il faut féliciter les groupes écologistes qui, par mesure de défense de nécessité devant les gestes posés par les gouvernements, prônent ceci: «Environnement. La désobéissance civile devient nécessaire, selon des écologistes».   

Il faut le faire pour la survie de notre planète, qui nous fait vivre, et pour ne pas laisser aux générations futures une dette écologique insurmontable.   

Une pensée pour la forêt amazonienne qui brûle en ce moment. Car non, ce n’est pas une psychose environnementale, comme le clame Bolsonaro, mais véritablement une crise internationale. Il y a une faune et une flore dévastées. L’humanité est menacée.   

Je partage ici les mots de Manon Massé sur ces feux.   

«L’Amazonie brûle.  

Elle brûle comme elle n’a jamais brûlé. Les feux de forêt au Brésil ont augmenté de 83% depuis le début de l’année. 83%.  

Vous savez, un feu de forêt, c’est l’expression même du cercle vicieux des changements climatiques.  

Les changements climatiques causent des sécheresses.  

Sécheresses [qui] déshumidifient les forêts, qui finissent, avec l’aide de la déforestation, [par] être un terreau fertile pour l’embrasement.  

Feu qui ravage et détruit des milliers d’arbres, vitaux pour l’absorption de CO2.  

CO2 qui, faute du nombre d’arbres massivement décimés, se retrouve de plus en plus dans l’air.  

Air qui se retrouve de plus en plus chargé de gaz à effet de serre et ne fait qu’exacerber les changements climatiques.  

Et on répète, jusqu’à la fin.  

Ce qui se passe en Amazonie est plus que triste. Ce qui se passe en Amazonie mérite plus que de simples pensées, prières et partages sur les médias.  

Ce qui se passe en Amazonie, c’est en partie le résultat d’une vision économique qui continue de banaliser l’impact des changements climatiques. C’est le résultat des choix politiques de nos décideurs qui refusent d’accepter qu’on est en train de foncer droit dans le mur.  

L’heure n’est plus aux pensées et aux “Pray for Amazonia”. L’heure est à la réflexion, à l’action, aux solutions. C’est là qu’on est rendus.  

Avant qu’il ne soit trop tard.»