/weekend
Navigation

Laurence Jalbert: «Je pense que j’ai trouvé l’équilibre»

Laurence Jalbert
Photo Jocelyn Michel, leconsulat.ca Laurence Jalbert

Coup d'oeil sur cet article

Laurence Jalbert a célébré ses 60 ans le 18 août. Portant le chiffre fièrement, satisfaite d’une vie qu’elle juge assumée et équilibrée, la chanteuse a laissé ses démons derrière elle, savoure sa récente victoire contre un cancer des ovaires et avance aujourd’hui sereinement, ses enfants et petits-enfants à ses trousses. « Je suis une bombe, mais je ne suis plus une bombe à retardement », avance-t-elle sagement.

Ses six décennies de vie et le lancement de son 12e album, Au pays de Nana Mouskouri, dans lequel elle revisite des pièces aimées de son idole de jeunesse, sont l’occasion pour Laurence Jalbert de réfléchir aux monts et vallées qu’elle a traversés... et aux enseignements qu’elle en a tirés.

« J’ai lâché les moulins à vent depuis longtemps », illustre-t-elle.

Fini, le refus de la vérité devant les revers, comme l’absence d’amis partis trop vite, la fibromyalgie qui l’afflige et ce cancer des ovaires qu’elle a récemment dû affronter, et sur lequel elle s’est ouverte pour la première fois au cours de cette entrevue. Elle se dit complètement guérie aujourd’hui, et attendait justement d’avoir franchi cette difficile étape avant d’en parler publiquement.

« C’est sûr que, quand on voit quelqu’un qui s’en est sorti pendant qu’on est dedans, ça nous donne de l’espoir, reconnaît-elle. Et on a trop besoin de ça ! Maintenant, je veux donner de l’espoir pour ceux qui sont dedans, et je peux le faire, parce que je n’ai plus aucune trace de rien. »

Laurence Jalbert n’hésite pas à affirmer qu’elle s’est « sauvé la vie » en suivant les recommandations de son médecin et en se soumettant rapidement à l’opération que requérait son état.

Avoir la grâce

Révolue, l’époque où elle encaissait des claques sur la gueule et devait s’engourdir de drogues dures pour offrir ses spectacles dans les bars, à ses débuts.

« Sur ma première pochette [de l’album Tomber, en 1990, NDLR], j’ai les yeux fermés, observe-t-elle. Je chantais toujours les yeux fermés. Je ne voulais pas voir ce qu’il y avait en avant de moi. Ce n’était pas beau. C’était l’époque des drogues dures, heavy... »

Elle n’a jamais « accroché » à aucune de ces substances, insiste-t-elle, soulignant avoir « reçu la grâce ». Pendant que d’autres « tombaient, sombraient, mouraient » autour d’elle.

« Je ne pourrais pas vivre dans le rock toute ma vie, dans la musique forte, dans les grosses guitares. Ç’a fait mon affaire pendant un bout de temps, ça faisait en sorte que je n’entendais pas ce que je ne voulais pas entendre. Quand j’ai commencé à voir que les épreuves que je vivais avaient une raison, et qu’il fallait que ça change, j’ai pris conscience que je devais, moi, changer. Amener un peu plus de calme et de sérénité. Puis, la voix s’est apaisée. Je pense que j’ai trouvé l’équilibre. Il était à peu près temps, j’ai 60 ans (rires) ! »

Authenticité

Maintenant plus que jamais, Laurence Jalbert a soif d’authenticité. Elle se dit « vaccinée contre le faux », et ce, dans tous les aspects de sa vie.

« Tu devrais me voir le matin, dans ma cour, sur mon balcon, raconte-t-elle. Des fois, je me dis que les voisins vont se plaindre ! Les grosses culottes de pyjama, le chandail tout croche, avec les taches de dentifrice dessus... Je ne suis pas parfaite, je n’irai pas montrer une image parfaite. J’ai 60 ans et je vis très bien avec ça. J’ai cet âge, j’ai ce vécu. Je ne reculerais pas de cinq minutes ! »

Sa famille constitue son principal refuge contre les artifices. Sa grande Jessie de 36 ans lui a donné cinq petits-enfants (six en comptant le garçon de son gendre), âgés de 9 mois à 13 ans. Et son fils est boulanger à L’Isle-aux-Coudres. Le garçonnet de Chanson pour Nathan a aujourd’hui 23 ans et est devenu, aux dires de sa maman, « un gars de campagne, fin, adorable, pacifique ».

« Quand j’ai eu ma fille, j’ai continué à travailler dans les bars, mais j’ai pris conscience de l’importance de faire attention à ma santé. Quand j’ai eu cette enfant-là, je marchais six pieds au-dessus des autres ! À partir du moment où j’ai été enceinte, moi, la fille complexée, la fille qui manquait – et qui manque encore – d’estime d’elle-même, j’étais supérieure à tout le monde. Pourtant, j’étais pauvre comme Job, papa n’était pas là, j’avais tout pour m’inquiéter. Mais, non : j’étais la personne la plus riche de la terre, parce que je portais ma fille. Et Dieu sait qu’elle me le rend maintenant, avec une belle famille comme elle m’a donné. Je suis une personne privilégiée. »

« Hyperactive »

De son propre aveu, Laurence Jalbert « n’arrête jamais ». Son horaire des prochaines semaines lui donne raison : on y trouve quatre prestations au Festival Western de Saint-Tite et le lancement du deuxième tome de sa biographie, le 7 novembre. En 2020, elle prendra la route pour deux tournées, l’une en solo, et l’autre en duo avec Brigitte Boisjoli.

Elle blague que son hyperactivité est le catalyseur de son agenda chargé, mais son appétit de vivre trouve également une autre source : les mots d’un grand complice, le défunt bassiste et auteur-compositeur Guy Rajotte, décédé en 2015, dont elle se souvient avec encore énormément d’émotion.

« C’est l’exemple de quelqu’un qui avait abdiqué, abandonné. Je me rappelle lui avoir dit qu’il fumait encore, même s’il avait le cancer du poumon. Qu’il avait baissé les bras. Et il m’avait répondu : “J’ai arrêté de créer et je m’éteins...” »

« Cette phrase me “varge” dans la tête depuis qu’il est parti. Mon Dieu que c’est une leçon pour moi... », avance Laurence Jalbert, un sanglot dans la voix.

« Après sa mort, j’ai changé d’agent, parce que je m’entendais plus ou moins bien avec celui que j’avais. J’ai divorcé, parce que je n’étais pas bien traitée. J’ai tout laissé, meubles, condo, et j’ai recommencé ma vie. Quand il m’a légué son dernier soupir, je suis revenue à la maison en larmes, bouffie, et j’ai dit : “Tout ça, c’est fini”. Son dernier souffle m’a donné le courage d’agir. »

« Je ne choisis pas le cheveu qui tombe, mais je choisis de le ramasser. Je n’ai plus de temps à perdre », conclut Laurence Jalbert avec fougue.

Au pays de Nana Mouskouri: comme un manteau de réconfort

Quand elle a appris de la bouche de son agent (qu’elle « partage » avec Mario Pelchat) que ce dernier songeait à produire un album en hommage à Nana Mouskouri, sans savoir encore avec quelle artiste, Laurence Jalbert a observé une minute de silence au bout de son téléphone. Puis, elle s’est écriée : « Il faut que ça soit moi !».

« Demande-moi de chanter n’importe laquelle des chansons de Nana Mouskouri, je les connais toutes, soutient Laurence. Pour moi, c’est comme une enveloppe. Ma mère m’a enveloppée de ces chansons-là tous les dimanches de mon enfance. [...] Quand je pense à Nana Mouskouri, c’est ce manteau de réconfort qui me revient. »

En mode country

En comparant les relectures de Laurence Jalbert avec les versions originales de Nana Mouskouri, on constate rapidement que L’amour c’est comme l’été, Voici le mois de may, Le temps qu’il nous reste, Le train et autres Tous les arbres sont en fleurs du répertoire de la chanteuse grecque revêtaient déjà un fort potentiel country, dans le ton et les sonorités, même si ce n’est pas là un style qu’on accolerait d’emblée à Nana Mouskouri.

« C’est peut-être pour ça que j’ai été beaucoup attirée par ça, très, très jeune, hasarde Laurence Jalbert. On a choisi les chansons qui sont le plus dans cet univers-là. Pour moi, c’était clair que je faisais un album country, avec goût. [...] Ça s’est fait dans le respect immense de l’œuvre de cette grande, grande interprète.

« Ce sont tellement de belles chansons ! [...] Oui, on joue dans la nostalgie [mais] plus je vieillis, plus ma mémoire à long terme est nécessaire. Plus c’est un réconfort de ressentir les parfums que ma mère portait, de revoir les couleurs qu’il y avait chez nous, dans la maison... C’est comme une vacance de la vie, quand je retourne là-dedans. »


♦ L’album Laurence Jalbert – Au pays de Nana Mouskouri sera en vente le vendredi 6 septembre.