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L’argent des autres

Jean Francois Roberge
Photo d’archives, Simon Clark

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Les gouvernements changent, mais la tentation de piger dans les fonds publics pour de mauvaises raisons demeure.  

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, en a fait une démonstration éloquente, en demandant à son ministère de payer un voyage à Québec à des pro-maternelles 4 ans de New York et de l’Ontario. Et la défense toute en désinvolture de cette dépense injustifiée par le premier ministre François Legault n’est pas reluisante.   

Rappelons les faits. Le printemps dernier, le ministre Roberge savait qu’il passerait un mauvais quart d’heure lors de la commission parlementaire devant étudier le déploiement de ses contestées maternelles 4 ans.     

Plusieurs groupes ont demandé à être entendus. Le ministre a fermé le robinet pour limiter le nombre d’intervenants qui pourraient s’exprimer devant les parlementaires. Il a par exemple refusé d’entendre le pédiatre de l’hôpital Sainte-Justine Jean-François Chicoine.   

Mais du même coup, le ministre a insisté pour faire défiler quatre intervenants, deux de New York et deux de l’Ontario, qui vanteraient le succès de maternelles 4 ans dans leurs villes respectives.   

Comme notre Bureau parlementaire l’a révélé, le ministère a lui-même réservé et payé les dépenses de voyage de ces quatre intervenants. La sous-ministre adjointe a planifié un séjour tout inclus. Comme dans The Price is Right. « Come on down ». Avec vols d’avion, chambres d’hôtel et repas. Au total, 8600 $ de fonds publics ont été dépensés pour qu’ils goûtent Québec et vantent au passage les mérites des maternelles 4 ans.   

Entre le ministre et ses invités, c’était gagnant-gagnant.   

Une intervention dénoncée  

Les partis d’opposition ont dénoncé, avec raison, cette intervention injustifiée de l’exécutif dans le processus législatif. Comment peut-on alors prétendre que la commission, qui se veut un choc d’idées sur la loi proposée par le gouvernement, se déroule à armes égales ? Les autres partis ne peuvent avoir recours à des fonds publics pour faire venir de l’étranger des témoins qui étayeront leur position.   

Et depuis, toutes les explications données par le ministre Roberge et son entourage sont cousues de fil blanc.   

Confronté par Le Journal en juin dernier, il a d’abord affirmé : « C’était une excellente idée de faire venir ces personnes-là. » Lorsque nous avons révélé le coût total de l’opération pour laquelle le ministère s’est transformé en agence de voyages, un membre de son cabinet a soutenu qu’à partir de maintenant, le recours à la visioconférence serait possible dans les deux nouvelles salles de commission du parlement.   

Pourtant, ce moyen technologique de témoignage à distance avait été utilisé dans le passé.   

Tous les moyens sont bons  

Dans une autre tentative de justification, le ministre Roberge a étiré la sauce au maximum, comme s’il faisait le grand écart, et soutenu que les intervenants déplacés expressément de l’extérieur « sont venus rendre service à la nation québécoise » en partageant leur expertise.   

Leur déplacement n’était pas nécessaire, puisque le ministre s’était rendu lui-même à New York pour les rencontrer quelques semaines auparavant. À ce compte-là, on peut donc dire que les Québécois ont payé deux fois !   

Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a asséné le coup fatal en confirmant dans une lettre qu’il « ne doit pas y avoir de remboursement de frais de déplacement de témoins en commission parlementaire par les ministères et organismes publics ».   

Comme un ballon vidé de son air après avoir virevolté dans tous les sens, M. Roberge, dégonflé, a fini par admettre que « c’était quand même une erreur ».   

Lorsque notre journaliste a demandé au premier ministre s’il consentait à rembourser la somme dépensée de façon injustifiée, il a répondu en badinant : « Rembourser qui ? Vous peut-être personnellement ? »   

C’est le problème depuis toujours. Le contribuable n’a pas de visage. Et ses poches anonymes sont un puits sans fond. C’est tellement facile quand c’est l’argent des autres...   

 

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