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Le virage vert d’un chimiste

Il a développé sa propre gamme de shampooings naturels bientôt vendus partout à travers le monde

Jean-Éric Marie
Photo Chantal Poirier Jean-Éric Marie, fondateur de Mistik, fabricant de shampoing 100 % bio et naturel dans son laboratoire à Dorval en banlieue de Montréal.

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Jean-Éric Marie a travaillé durant quelques années dans l’industrie des cosmétiques avant de lancer sa propre gamme de produits capillaires 100 % purs. Il a mis trois ans à développer la formule de ses shampoings écologiques vendus sous la marque Mistik.

Malgré ce travail acharné, son projet d’entreprise est venu bien près de mourir dans l’œuf.

« J’ai envoyé des échantillons aux acheteurs de toutes les chaînes de pharmacie, raconte-t-il. La réponse était toujours la même : non ! Je n’ai donc pas eu le choix d’annoncer à l’équipe que je devais mettre la clé sous la porte. »

Il est rentré au laboratoire ce matin-là pour vider la place. Il a bien vu qu’il y avait un message sur le répondeur, mais il s’est dit « à quoi bon, ce sera encore un refus ».

Un appel qui a tout changé

Juste avant de débrancher le téléphone, il s’est résolu à écouter le message. « C’était l’acheteur de Pharmaprix qui voulait me rencontrer parce qu’il était intéressé par nos produits. Cet appel a tout changé ! J’ai rappelé l’équipe pour lui dire qu’on repartait la machine. »

Depuis l’automne 2014, les shampoings Mistik sont donc vendus dans les succursales de Pharmaprix au Québec, et bientôt à travers le Canada. La marque est aussi distribuée dans des magasins de produits naturels et quelques pharmacies indépendantes.

En 2018, Mistik a entrepris un développement à l’international avec un premier arrêt en Suède. L’Hydro Sérum Mistik a d’ailleurs été nommé produit capillaire de l’année aux Swedish Beauty Awards en 2019.

« D’ici la fin de l’année, on devrait être présent à Hong Kong et en Chine, précise Jean-Éric Marie. Nous venons aussi de signer des accords de distribution avec le Brésil, le Japon et les États-Unis. L’Australie s’intéresse également à nos produits. »

De l’île Maurice au Québec

Originaire de l’île Maurice, il a émigré au Québec en 2009 après avoir résidé plusieurs années en France. C’est là où le déclic qui a mené à la création de Mistik s’est fait. Durant ses études universitaires en chimie, il a appris le décès d’un de ses professeurs, foudroyé par un cancer dû aux matières chimiques avec lesquelles il travaillait. Peu de temps après, il a intégré une équipe de chercheurs en chimie verte. Il venait de trouver sa voie !

« L’idée de créer des produits naturels et écologiques a germé et ne m’a plus quitté », explique l’entrepreneur.

Oser le risque

Il lui faudra quelques années avant de passer à l’action. Les risques étaient énormes de s’attaquer à une industrie dominée par de grandes marques internationales. Surtout qu’il voulait faire les choses à sa façon.

« J’ai choisi de lancer ma propre entreprise afin de me défaire des contraintes qui m’empêcheraient de créer des produits selon mes propres critères, mes propres valeurs et, surtout, selon mes propres inspirations », dit-il.

Dans la mise au point des produits Mistik, il a exclu tous les produits synthétiques et ceux qui sont soupçonnés d’être néfastes, comme les sulfates et les parabènes, pour n’utiliser que des substances végétales.

« J’ai été un des premiers chimistes à avoir identifié et stabilisé un composé cationique [donc chimiquement positif] 100 % végétal dans des produits capillaires. Ceci a été une avancée cruciale qui a permis à nos produits de s’approcher, voire de dépasser la performance des marques traditionnelles tout en étant 100 % naturels. »

Il a investi de grosses sommes pour développer l’image de marque de ses produits dont il n’est pas peu fier.

« C’est essentiel quand on est en compétition avec les plus grands. Selon les études, les consommateurs regardent une étiquette de 3 à 5 secondes avant de décider qu’un produit les intéresse ou pas. Il faut savoir se démarquer. »

Mistik, qui embauche cinq personnes en plus de sous-traitants, vient d’emménager dans un nouvel espace industriel qui lui permettra d’augmenter son volume de production. Jean-Éric Marie est aussi à la recherche de financement pour assurer la croissance.

Jean-Éric Marie, 40 ans

  • Maîtrise en chimie des agroressources végétales, Université de Reims (France), 2007
  • Chimiste de la cosmétique, fabricant québécois de produits écologiques, 2009 à 2011
  • Fondateur de Mistik, 2014

UNE DE NOS MEILLEURES DÉCISIONS

« D’avoir investi pour développer une image de marque forte. Cela a fait une différence. »

UNE DE NOS PIRES DÉCISIONS

« Au début, je n’ai pas toujours su bien faire la démarcation entre la vie familiale et la vie de l’entreprise. Aujourd’hui, j’atteins un meilleur équilibre. »