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Les parents peuvent prévenir le décrochage

Une étude révèle que ceux qui abandonnent ont souvent une mauvaise communication avec leur mère ou père

Kamel Afia, 39 ans, est intervenant psychosocial dans les écoles et premier auteur de l’étude qui sera bientôt publiée. 
Photo Dominique Scali Kamel Afia, 39 ans, est intervenant psychosocial dans les écoles et premier auteur de l’étude qui sera bientôt publiée. 

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Les ados qui ont une mauvaise communication avec leurs parents ou qui manquent de soutien à la maison sont plus à risque de lâcher l’école, selon une étude montréalaise.

Quand votre adolescent sort, savez-vous où il se trouve et avec qui ? À quoi ressemblaient ses notes dans son dernier bulletin ? Votre jeune ose-t-il se confier à vous ?

Si vous avez répondu oui à toutes ces questions, il y a moins de chance que votre ado lâche l’école que si vous aviez répondu non, et ce, peu importent votre revenu ou les problèmes que rencontre votre famille.

C’est ce que révèle une étude réalisée par des chercheurs de l’UQAM et de l’Université de Montréal. Prochainement publié dans la revue Journal of Adolescence, l’article suggère d’agir sur la relation entre les jeunes et leurs parents pour prévenir le décrochage scolaire.

« L’idée, ce serait d’aider les parents à aider leur ado », résume Éric Dion, professeur en sciences de l’éducation à l’UQAM.

Même au privé

Pour Kamel Afia, principal auteur de l’étude, cela a longtemps semblé comme une évidence. Cet intervenant psychosocial de 39 ans a grandi en France, dans un quartier populaire comparable à Mont­réal-Nord, illustre celui qui est arrivé au Québec il y a cinq ans.

Il se souvient qu’autour de lui, les jeunes qui persévéraient à l’école avaient des parents présents et disponibles. Il a ensuite remarqué cette tendance dans le cadre de son travail, même dans les écoles privées.

M. Afia a donc décidé de faire son mémoire de maîtrise en adaptation scolaire sur le sujet.

Entre 2012 et 2015, les chercheurs ont interviewé près de 550 adolescents sur leur vécu de la dernière année.

Ils ont examiné les témoignages de 108 de ces jeunes, dont 36 avaient récemment lâché l’école.

Sur ces 36 décrocheurs, trois étaient négligés ou pratiquement abandonnés par leurs parents.

Mais dans 25 des 36 cas, ils avaient des parents qui tentaient parfois d’intervenir auprès d’eux, mais dans le cadre d’une relation froide, sans lien de confiance.

« Il y avait une volonté de la part des parents, mais c’était reçu par le jeune comme une surveillance, comme une intrusion », explique M. Dion.

À l’inverse, sur les neuf adolescents interrogés qui avaient une relation optimale, soit chaleureuse et ouverte avec leurs parents, aucun n’avait lâché l’école.

Cette tendance s’applique aux filles comme aux garçons, qu’ils soient nés ici ou qu’ils soient issus de l’immigration, ont noté les chercheurs.

Les causes du décrochage sont multiples. Mais les résultats de l’étude révèlent que la supervision du parent peut jouer un rôle de protection, même quand un proche est incarcéré ou atteint d’une maladie grave.

Reste que cela est parfois difficile quand c’est l’adolescent qui décide de ne plus parler au parent ou quand la situation familiale est instable, rappelle M. Dion.

« Par exemple, quand un jeune reste à la maison, on peut se demander : les parents sont où ? » Mais est-ce parce que cela n’est pas important pour eux, ou plutôt parce qu’ils ne savent plus comment intervenir ? se demande-t-il.

« Actuellement, la prévention du décrochage se fait beaucoup entre les murs de l’école et à peu près pas à l’extérieur », déplore M. Dion.

Par exemple, le gouvernement caquiste a souvent présenté son intention de multiplier les classes de maternelle 4 ans comme un projet de lutte contre le décrochage.

« La prévention précoce, c’est bon en soi [...] Mais il faut aussi être là au moment où ça [le décrochage] se passe », conclut M. Dion.

Les décrocheurs et leurs parents

  • Absence complète de supervision 4
  • Négligence confirmée ou soupçonnée 3
  • Supervision avec peu de soutien ou peu de communication 19
  • Supervision avec soutien moyen et communication moyenne 6
  • Supervision avec soutien ou communication, mais pas les deux 4
  • Communication et soutien optimaux 0

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