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Olivier Martineau: humoriste et fermier écolo

Olivier Martineau: humoriste et fermier écolo
Sandra Godin

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Il est reconnu tant pour son humour incisif que pour ses interactions pétillantes avec le public et ses chansonnettes, où il tire à boulets rouges sur les dogmes de la société. Mais quand on le retrouve chez lui, en train de boire un verre de son vin de rhubarbe, on découvre un homme intense, passionné par le respect de l’environnement, et qui se voit un jour autosuffisant sur sa propre ferme.

Olivier, d’où vient votre passion pour la culture de légumes et l’élevage de poules et de lapins?

 Il y a deux choses: d’où ça vient et pourquoi je le fais. En fait, ça vient essentiellement de ma mère, qui était italienne. Sa famille avait une ferme à Chomedey ; c’est aujourd’hui des condos et des concessionnaires automobiles. Pour moi, c’était le bonheur, avec les champs et le petit bois derrière. C’est là que j’ai trouvé cette passion, mais aussi du savoir-faire. Bref, j’adore ça, et c’est de là que ça vient. 

Et le pourquoi?

C’est pour l’équilibre. Dans le «show-business», on est tout le temps dans le «buzz», dans l’effervescence. Alors, quand j’arrive ici et que je jardine, que je me mets les mains dans la terre, ça me détend. C’est presque une expérience ésotérique. Tu suis un tempo naturel qui est beaucoup plus lent. Il faut suivre les saisons. Psychologiquement, j’avais besoin de ça, de quelque chose qui m’oblige à suivre une cadence moins intense. Quand tu sors d’un tourbillon de deux ou trois spectacles d’affilée et que tu arrives ici, tout seul, tu n’as pas d’autre choix que de suivre le rythme de ton jardin.

Y a-t-il d’autres raisons derrière ça? Car ça vous demande beaucoup d’énergie, non?

Oui, il y a également un côté social, et même socio-économique. Avant, tout le monde avait son jardin. C’était normal de subvenir à ses besoins, du moins en partie, avec ses cultures. Et, de fait, ne serait-ce que ce que je fais pousser ici, ça fait économiser beaucoup de sous. En plus, on mange propre et local, sans suremballage et sans transport. Tu sais exactement ce que tu as dans ton assiette. Il n’y a rien comme manger un légume qui vient de ton jardin. Selon le temps de l’année, il n’y a pratiquement que le sel et le poivre qu’il faut se procurer à l’épicerie. 

J’imagine que ça vous oblige à tirer le maximum de ce que vous avez...

Absolument, j’utilise tout et je retire tout ce que je peux de la nature qui m’entoure. J’entaille même les érables dans le boisé en arrière pour faire du sirop, je fais du vin avec mes raisins et, aussi, avec la rhubarbe que je n’utilise pas, pour faire des confitures ou autre chose. Je récupère aussi les pissenlits pour faire de la tisane avec les racines. Je récolte de l’ail des bois et de l’écorce de bouleau pour faire de la cuisson en papillotes, comme les autochtones le faisaient. 

Vous vivez donc cette expérience à fond.

Jusqu’à récemment, je gardais même la peau des lapins que je dépeçais pour les échanger contre du miel d’un artisan local. En ce moment, je suis entre deux arrivages de poulets et de poules, dont je me sers autant pour les œufs que pour la viande. Je suis aussi sur le point de construire une serre. Évidemment, je composte tous mes résidus végétaux et organiques. L’important, c’est de recycler au maximum et de laisser la moins grande empreinte possible. 

Visez-vous l’autosuffisance totale?

Ma blonde et moi, nous avons déjà pas mal tout ce qu’il faut pour deux personnes. Nous avons même des surplus, comme des confitures et des conserves. Moi, je suis convaincu que, de mon vivant, on va connaître des changements radicaux dans la société. Ma façon de vivre va probablement devenir beaucoup plus répandue, pour notre survie. En spectacle, je demande son âge à un jeune. S’il répond, disons, 20 ans, je lui dis: «T’es chanceux! Tu vas la voir, la fin du monde.» 

C’est donc un thème que vous abordez dans votre nouveau spectacle...

Oui, c’est pour ça que ça s’appelle «Parfa!» C’est un mot qu’on utilise quand les choses ne sont justement pas parfaites, mais qu’on s’en contente. Dans ce spectacle, qui est plus acide que le premier, je souligne à grands traits nos imperfections. J’incarne complètement mon mode de vie. Je parle aussi du fait que je suis trop jeune pour être vieux et trop vieux pour être jeune. Je déteste la génération qui me précède autant que celle qui me suit. Je tape sur tout le monde. Notre société est en déroute, et c’est le leitmotiv du spectacle : «Ça va pas bien!» C’est la chute de l’empire. Et on rit de ça...

Dites-nous — parce que ça nous chicote — ce que ça vous fait quand vous devez abattre vos lapins ou vos poules...

Ça me crève le cœur. Cela dit, je ne mange pas de la viande parce que ça me fait plaisir; j’en mange parce que c’est utile à mon métabolisme, et aussi parce que c’est un choix. Je préfère être un omnivore responsable qu’être un végétarien ou un végétalien qui, en réalité, ne se soucie pas de son impact sur l’environnement. L’avocat qui arrive du Mexique par camion, le riz qui est cultivé dans des conditions impossibles... En fait, il n’y a rien de plus écologique que d’avoir des légumes dans son jardin et des lapins dans le garage.

Olivier Martineau présente son nouveau spectacle, «Parfa!», en rodage, entre autres, le 30 août au Centre culturel de Joliette. Pour toutes les dates et acheter des billets, consultez son site: olivier-martineau.com

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