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Quelle majorité pour le 3e lien?

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Chaque fois que j’écris sur le 3e lien et que je redis à quel point c’est un projet absurde, je reçois le même commentaire: la majorité est pour.

Or, il faudrait se demander de quelle majorité il s’agit. 

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Dans la région de Québec, la cause est entendue depuis longtemps et le sondage publié par Le Journal ce matin le confirme encore: 77% des gens sont en faveur de la construction d’un tunnel entre Québec et Lévis. Dans l’ensemble du Québec, 58% sont d’accord pour que Lévis ait son tunnel. 

Sauf que quand on rappelle le prix minimal envisagé de 4 G$ pour la construction de cet ouvrage, la situation change. Il n’y a plus que 40% des Québécois qui sont en accord et 60% des gens sont contre. À Québec, ça reste 64% pour et 36% contre. 

Bref, la majorité des gens qui profiteront de la construction d’un tunnel Québec-Lévis sont pour, mais la majorité des gens qui auront à payer sont contre. 

Précipitation

J’anticipe déjà les courriels que je vais recevoir après cette chronique. D’abord, on va me dire que Québec a droit à sa part et que Montréal reçoit plus que la sienne, avec son pont Samuel-De Champlain tout neuf. 

Sauf que la région métropolitaine de Montréal regroupe la moitié des habitants du Québec, alors que celle de la capitale en comprend à peu près un dixième. En outre, les compilations sur le mauvais état des routes du ministère des Transports démontrent que c’est à Québec qu’on s’en tire le mieux à ce chapitre. Signe du poids électoral de la région et du fait que les décideurs du MTQ y résident. 

On entend beaucoup dire sur les radios privées à Québec «qu’on peut bâtir un 3e lien pour moins de 4 G$, c’est officiel». On attend toujours que tous leurs ingénieurs maison démontrent comment on peut construire une structure à ce point pharaonique à plus modeste prix. 

Rappelons les contraintes. Ce tunnel mesurera neuf kilomètres, dont six seulement sous le fleuve. Il sera bâti dans des sols très meubles, dont on sait peu de choses, sauf qu’ils sont traversés par une faille sismique. On n’a vraisemblablement jamais construit ailleurs un tunnel aussi long dans de telles conditions. 

Ajoutons finalement que la précipitation politique est connue comme le plus grand facteur d’accroissement des coûts d’un ouvrage d’ingénierie. 

Les régions

Maintenant, voulez-vous bien me dire comment ça pourra devenir autre chose que l’infrastructure routière la plus coûteuse jamais construite au Canada? Ce n’est pas une question rhétorique, je souhaite vraiment avoir des réponses. 

En gros, nous exigeons à Québec un projet milliardaire entre deux secteurs peu densément peuplés, alors qu’il y a des besoins criants dans d’autres régions, dont le Bas-Saint-Laurent, où le prolongement de la 20 végète, et la Côte-Nord, où la 138 progresse à pas de tortue. 

On convient que ce n’est pas très densément peuplé là-bas non plus, sauf que les gens n’y réclament pas un tunnel à 4 G$. 

Sans rire

Ajoutons un dernier élément: notre sondage démontre qu’entre remettre à l’ordre notre réseau routier mal en point et construire un 3e lien, 85% des gens préfèrent la première option. Même à Québec, on priorise la réfection dans un rapport de 55-45. 

À un moment donné, on ne peut déplorer le niveau de taxes qu’on paye tout en ignorant que lorsqu’on attribue des ressources à un projet, on ne les met pas ailleurs. 

François Legault et son gouvernement affirment être à l’écoute des gens. C’est ainsi que le ministre des Transports, François Bonnardel, a rapidement annoncé qu’il donnerait suite à leur engagement de construire un tunnel entre Québec et Lévis. 

Sauf qu’il s’est bien gardé de chiffrer le coût de leur promesse, et ce, pour une raison très simple: quand le montant de la facture sera connu, on ne pourra plus affirmer sans rire qu’on est à l’écoute des Québécois, tout en allant de l’avant avec cette folie. 

Bref, François Legault devra tôt ou tard répondre à une question claire: est-il à l’écoute de tous les Québécois, seulement de ceux qui ont voté pour lui ou seulement de ses électeurs de Québec et Lévis? 

Parce que si on écoute vraiment les Québécois, on constate rapidement qu’ils ont d’autres priorités que de faire des expériences de génie civil à Lévis.

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