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Obésité abdominale: il est temps d’agir!

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L’étude de l’Institut national de santé publique du Québec sur l’obésité abdominale (1), cosignée par mon collègue Benoit Arsenault, chercheur à l’Université Laval, qui a été publiée plus tôt cette semaine, a eu l’effet d’une bombe dans les médias. Cette étude révèle que le tour de taille des Québécois de tout âge a considérablement augmenté au cours des 20 dernières années.

En effet, la prévalence de l’obésité abdominale, définie par un tour de taille élevé (≥ 88 cm chez la femme et ≥ 102 cm chez l’homme) et non pas par l’indice de masse corporelle, a doublé au cours des deux dernières décennies.

Ainsi, l’étude rapporte qu’environ deux Québécois sur cinq sont affectés par cette condition qui est une cause majeure de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires, d’apnée du sommeil, de certaines formes de cancer et de déclin cognitif pouvant conduire à la démence.

Situation alarmante

Puisque l’Organisation mondiale de la Santé souligne que ces maladies chroniques dites de société sont responsables d’au moins 70 % des décès, on peut comprendre à quel point cette situation est alarmante.

Bien plus que le gain en poids, la morphologie des Québécois et des Québécoises est en train de se transformer. En effet, l’étude révèle que peu importe la catégorie de poids examinée (poids normal, embonpoint ou obésité), le tour de taille de notre population a augmenté.

Comment ce phénomène est-il possible ? L’explication est bien simple : si vous êtes sédentaire et que votre alimentation est riche en calories et d’une qualité nutritionnelle faible, vous accumulerez de la graisse abdominale, votre tour de taille augmentera, mais vous perdrez aussi de la masse musculaire.

Pensez à l’image classique de l’homme sédentaire de 60 ans avec une petite bedaine et qui n’a plus de muscles fessiers puisqu’il ne bouge pas. Cette morphologie constitue une bombe à retardement pour des maladies chroniques sociétales, et ce, même si l’individu n’est pas manifestement obèse.

Il en est de même pour la femme sédentaire qui traverse la ménopause. Avant son apparition, les hormones sexuelles féminines la protégeaient contre l’obésité abdominale, mais cette protection est perdue avec la chute des œstrogènes associée à la ménopause. Ainsi, avec les années, la femme ménopausée devra se préoccuper de l’évolution de son tour de taille bien plus que de son poids !

Le Québec n’est pas isolé

Est-ce que la progression de l’obésité abdominale au Québec est plus importante que dans les autres provinces canadiennes ? Non. Des données disponibles dans le cadre d’une autre enquête canadienne avaient révélé le même phénomène (une augmentation du tour de taille des Canadiens supérieure à ce qui pouvait être prédit par l’évolution du poids corporel).

Des études internationales ont également révélé que notre mode de vie, toxique pour la physiologie humaine et qui est en train de se déployer à l’échelle mondiale, a des effets délétères sur le tour de taille de la population du monde entier !

Bref, nous faisons face à une progression rapide d’une forme d’obésité qui explique pourquoi plus de 900 000 Québécois ont à vivre avec le diabète de type 2 puisque cette condition est une complication directe de l’obésité abdominale.

Que faire ? Voilà maintenant plus de trente ans que les chercheurs de l’Université Laval ont décrit les risques pour la santé associés à l’excès de graisse dans la cavité abdominale que nous avons appelé obésité viscérale.

La reconnaissance du risque associé à cette forme d’obésité fait maintenant consensus parmi les experts mondiaux qui reconnaissent l’importance de la prévenir, de la détecter et de la prendre en charge.

Changer ses habitudes

La bonne nouvelle est qu’un recalibrage des habitudes alimentaires combiné à de l’activité physique régulière peut faire fondre la graisse abdominale. Encore faut-il donner les moyens à nos médecins de famille de dépister les patients à risque et de les outiller dans la prise en charge de leurs habitudes de vie.

Dans un tel modèle, la perte de poids n’est pas la cible. En effet, plusieurs études ciblant le mode de vie ont montré qu’une diminution minimale de 4 cm du tour de taille était associée à des améliorations considérables du profil de santé des patients à risque.

À l’Université Laval, nous disposons d’une des plus imposantes et influentes équipes de chercheurs sur l’obésité abdominale (ses causes, sa prévention, ses conséquences et sa prise en charge) au monde.

Nous avons la capacité de renverser cette tendance avec l’élaboration d’une véritable médecine préventive centrée sur la science et sur l’évaluation de l’impact de nos interventions.

Il est urgent d’agir sinon cette véritable épidémie d’obésité abdominale aura un impact socio-économique majeur sur le Québec. Nous avons un ministère de la maladie qui gère des professionnels de la santé engagés et compétents. À quand un véritable ministère de la santé où la science de la prévention sera mise à profit ?


(1) Arsenault B, Plante C, Hamel D, Després JP. (2019) Prévalence de l’obésité abdominale et évolution du tour de taille mesuré chez les adultes québécois. Québec, Institut national de santé publique du Québec. www.inspq.qc.ca/publications/2578

* Jean-Pierre Després est professeur au Département de kinésiologie de la Faculté de médecine de l’Université Laval. Il est également directeur scientifique du Centre de recherche sur les soins et les services de première ligne de l’Université Laval, CIUSSS-Capitale-Nationale, et directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec.