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[PHOTOS] L'histoire du cinéma à Québec en dix séquences

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À l'instar d'autres centres urbains, Québec n'a plus beaucoup de salles de cinéma, mais celles-ci sont de grande dimension.   

Même si, au XXe siècle, la capitale n'a jamais été une ville de premier plan en Amérique, elle a vécu l'histoire du cinéma au même rythme que les autres, et ce, sans réel décalage. Québec était de son temps ... cinématographique.        

À la veille du Festival de cinéma de la ville de Québec, voici donc la petite histoire du cinéma à Québec en dix séquences.       

1. Le cinématographe       

Le cinématographe-Lumière
Collection Cinémathèque québécoise
Le cinématographe-Lumière

Les frères Lumière inventent leur cinématographe en 1895 et déjà, l'année suivante, leur équipe débarque à Québec pour y présenter leurs films. En effet, le 30 septembre 1896, au Palais des Illusions de la rue Saint-Joseph (actuel local du restaurant Ashton), on présentait une vingtaine de «vues» des frères Lumière.        

Devant le succès de cette nouveauté, les représentations passent de deux à 15 par jour, et ce, dans une salle de 100 places. Ce spectacle y sera présenté jusqu’au 31 octobre, puis on montait à la haute-ville pour ceux qui dédaignaient de descendre à Saint-Roch. Le spectacle était alors présenté du 2 au 14 novembre à la salle des Odd Fellows du National School de la rue D’Auteuil (actuelle Maison Dauphine).        

Alors qu’il en coûtait 10 ¢ à Saint-Roch, le tarif d’entrée était majoré à 25 ¢ à la haute-ville. Le public avait été ébahi et parfois même affolé. En effet, les réactions étaient vives lorsqu’un train fonçait sur les spectateurs qui n’avaient jamais vu d’images animées. Les Québécois ont par la suite longtemps parlé de cette invention.       

2. Le Paquetorium       

Publicité du Paquetorium
Tirée du journal L'Action sociale du 25 septembre 1909
Publicité du Paquetorium

Alors que le 1er janvier 1906 Léo-Ernest Ouimet ouvrait le Ouimetoscope, la première salle de cinéma à Montréal et au Québec, la ville de Québec obtenait la sienne à l'automne 1909.        

En effet, la Compagnie Paquet ouvrait alors une salle de cinéma au quatrième étage de son magasin de la rue Saint-Joseph: le Paquetorium. Pour 5 ¢, on pouvait visionner un film qui avait d'abord été soigneusement examiné par les censeurs. On ne voulait pas se mettre l'Église à dos.        

En plus des films, on y présentait parfois des expositions, comme l'Exposition d'Horticulture et d'Apiculture présentée en octobre 1910.       

3. La censure des affiches       

Le cinéma Impérial de la rue Saint-Joseph dans les années 1940, W.B. Edwards, Ville de Québec, service de police
Archives du service de l’aménagement du territoire
Le cinéma Impérial de la rue Saint-Joseph dans les années 1940, W.B. Edwards, Ville de Québec, service de police

À cette époque, on avait beau tout mettre en œuvre pour ne pas se mettre l'Église à dos, un détail pouvait parfois chatouiller et mettre le feu aux poudres. Ne serait-ce qu'un couple qui s'embrasse sur une affiche publicitaire et la tempête cléricale éclatait.        

C'est ainsi que, le 23 décembre 1923, lors de leur prône, plusieurs curés de la ville de Québec demandent aux mères de leur paroisse de signer les pétitions en circulation demandant au Conseil de Ville de faire enlever les affiches illustrées aux portes des cinémas.        

Ils les jugeaient immorales et dangereusement suggestives pour les enfants qui fréquentaient les écoles. La même levée de boucliers avait eu lieu à Montréal. Le bureau de censure de la municipalité était donc au service de l'Église.       

4. Le vitaphone       

Publicité du vitaphone
Tirée du journal Le Soleil du 1er février 1930
Publicité du vitaphone

Le 2 février 1930, les Québécois vivaient une grande première. En effet, l'Auditorium (l'actuel Capitole) faisait l'acquisition d'un vitaphone. Cette nouvelle technologie permettait de projeter des films sonores, aussi bien par les dialogues que par la musique.        

Pour l'occasion, on présentait Sally, mettant en vedette Marilyn Miller. Pour ajouter à l'événement, ce film avait été tourné tout en couleur.        

Dans son programme d'automne, l'Auditorium présentait des spectacles musicaux et des pièces de théâtre. Devant le succès du vitaphone, le programme d'automne 1930 de théâtre et de concerts a du être reporté à l'hiver 1931 pour permettre davantage de projection de cinéma parlant. Une technologie révolutionnaire.       

5. Les ciné-parcs       

L'ancienne affiche du ciné-parc de la Colline
Archives du Journal de Québec
L'ancienne affiche du ciné-parc de la Colline

Le ciné-parc (drive-In) est un concept américain né au Texas en 1921. Bien que des Québécois y aient longtemps rêvé, ce n'est qu'en 1967 que le Gouvernement du Québec en autorise leur création par une loi qui spécifiait qu'on ne pourrait y présenter que des films classés «Pour tous». Les États-Unis en comptaient déjà 4000.        

Finalement, les premiers permis sont émis en 1970. Le Ciné-Parc de la Colline, le premier de la région de Québec, ouvre ses portes le 3 juin 1970 à Saint-Nicolas. Il sera en opération jusqu'en 2014. En 1971, Bélair aura le sien, et en 1972, ce sera le tour de Beauport, en bordure de l'autoroute de la Capitale. Ses trois écrans s'éteindront à jamais en 1998.       

6. Imax       

Le cinéma Imax des Galeries de la Capitale
Waymark
Le cinéma Imax des Galeries de la Capitale

La technologie Imax (Image Maximum) a été inventée au Canada. Il s'agit de films à très haute résolution, projetés sur de super grands écrans. Les premiers essais ont lieu à Expo 67, et le premier film véritablement Imax est projeté à l'exposition universelle d'Osaka en 1970.        

Cette fois-ci, Québec est plus lente à emboîter le pas. En effet, c'est en 1991 qu'un promoteur propose d'ouvrir un cinéma Imax à Québec, dans le Vieux-Port, voisin du centre d'interprétation de Parcs Canada (l'actuel Espace 400e).        

Plusieurs sont emballés par le projet. Bien que la Ville donne son feu vert, de nombreux opposants craignent la perte d'une importante percée visuelle. Une pétition rassemble même 8000 signataires. La Ville est forcée de reculer.        

Ce n'est finalement qu'en juin 1995 qu'un cinéma Imax voit enfin le jour à Québec, aux Galeries de la Capitale. Mieux vaut tard que jamais.       

7. Les salles de la haute-ville       

Le théâtre Olympia entre 1912 et 1915
Bibliothèque et Archives Canada, Collection J.E. Livernois
Le théâtre Olympia entre 1912 et 1915

Il a été une époque où la capitale foisonnait de salles de cinéma. Chaque quartier possédait la sienne. Elles sont toutes disparues aujourd'hui.        

En haute-ville, on n'en comptait pas moins de neuf. Les moins jeunes se souviendront qu'on a longtemps projeté des films à l'Auditorium, devenu le Capitole. Le Victoria se trouvait dans la côte du Palais, coin Charlevoix; l'Empire avait pignon sur la côte de la Fabrique de 1915 jusque vers 1990 (actuel magasin Simons); place D'Youville avait le cinéma de Paris de 1948 à la fin des années 1990 (actuel Diamant) et le Cambrai, des années 1930 à 1956 (actuel Hôtel Marriott); l'Olympia, devenu le Canadien, s'élevait sur la rue Saint-Jean de 1910 à son incendie survenu en 1946 (actuel passage Olympia près de l'ancienne église St. Matthew); le Classic, devenu le Bijou, se trouvait sur le chemin Sainte-Foy, coin Salaberry, jusqu'en 1979 (actuel stationnement du CLSC Haute-Ville); le cinéma Cartier de la rue éponyme, de 1928 à 1985 (actuelle pharmacie Brunet); même Sillery avait son cinéma Sillery au cours des années 1950-1960, sur l'ancienne rue Saint-Michel (aujourd'hui la rue de Bergerville).       

8. Les salles de la basse-ville       

Cinéma Lairet de la 3e Avenue en 1960
Archives de la Ville de Québec
Cinéma Lairet de la 3e Avenue en 1960

La basse-ville n'était pas en reste. N'était-ce pas là qu'on avait présenté la première projection d'un film à Québec?        

Le Palais de Cristal, devenu l'Arlequin, puis le cinéma de Paris et enfin le Pigalle, a accueilli les cinéphiles sur la rue Saint-Joseph de 1911 à la fin des années 1970 (actuel Théâtre La Bordée); un peu plus à l'est sur cette rue, le Théâtre Populaire, devenu l'Impérial, sera actif de 1933 à 1971 alors qu'il devient le Midi-Minuit, qui présentera des films érotiques jusqu'en 1996 (actuel Théâtre Impérial); sur la rue Saint-Vallier, coin Carillon, se trouvait le cinéma Français, de 1910 jusqu'à 1948, reconstruit sous le nom de cinéma Laurier à la suite d'un incendie et démoli en 1974 (actuel stationnement face au parc Durocher); aménagé dans un ancien entrepôt frigorifique, le Rialto se trouvait sur la 4e Rue, au coin de la 2e Avenue, des années 1930 aux années 1960; le cinéma Lairet occupait la 3e Avenue de 1948 à 1986 alors qu'il était devenu le cinéma de répertoire Lumière, puis la Boîte à films (actuelle boutique Demers Bicyclettes); le plus célèbre des cinémas de Québec a certainement été le cinéma Odéon de la rue du Pont, dont les deux grandes salles (Frontenac et Dauphin) ont accueilli les spectateurs de 1967 à 2011.       

9. Les salles de centre d'achats       

Cinéma de la Canardière vers 1970
Archives de la Ville de Québec
Cinéma de la Canardière vers 1970

On connaît l'engouement pour le phénomène des centres commerciaux de la fin des années 1960. On y retrouvait évidemment des salles de cinéma. Elles étaient spacieuses et on pouvait s'y stationner sans problème. Le progrès, quoi!        

En 1964 ouvre le cinéma Canardière aux Galeries de la Canardière; en 1965, c'est le cinéma Sainte-Foy de Place Sainte-Foy (ancien Omer de Serres); en 1966, c'est le cinéma Canadien de Place Laurier; dans les années 1970, même Place Québec avait son cinéma qui présentait des films en version originale anglaise; et c'est sans compter le Clap de la Pyramide et les salles des Galeries de la Capitale.         

10. Québec comme plateau de tournage       

L'archevêché de Québec transformé en édifice nazi pour le film 13 rue Madeleine
Photo courtoisie Société historique de Québec
L'archevêché de Québec transformé en édifice nazi pour le film 13 rue Madeleine

Québec est certainement la ville la plus européenne d’Amérique. C’est sans doute pourquoi, entre 1898 et 1913, la ville de Québec devient un véritable plateau de tournage pour plusieurs compagnies cinématographiques.        

En 1912 seulement, trois entreprises y tourneront huit films de fiction. Mais c'est véritablement en 1946 que la capitale entre dans les ligues majeures lorsque la 20th Century Fox débarque en ville pour y tourner le film 13, rue Madeleine, mettant en vedette James Cagney. L'intrigue se situait au Havre sous l'occupation nazie.        

En 1952, Alfred Hitchcock récidive avec le tournage de son film I confess (La loi du silence), mettant en vedette Montgomery Clift et Anne Baxter. Renée Hudon, alors enfant, y tenait un rôle.        

Aujourd'hui, Québec sert régulièrement de décor pour des productions cinématographique de partout dans le monde.      

Un texte de Jean-François Caron, historien   

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