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Un G7 inutile et pitoyable

Un G7 inutile et pitoyable
Photo AFP

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En théorie, les sommets comme le G7 constituent une excellente occasion pour les dirigeants des grands pays de se rencontrer. En pratique, il faut bien admettre que le G7 semble de moins en moins utile.

Les réunions du G7 coûtent chacune de petites fortunes. Pas tant en termes de frais pour les palaces de luxes dans lesquels descendent les dirigeants qu’en frais de sécurité astronomiques. Sans compter que les populations locales sont souvent privées de l’accès à une partie de leur propre ville, pendant que les grands dirigeants se rencontrent.

Anachroniques

Il y a quelque chose d’anachronique à voir ces dirigeants s’asseoir autour d’une table alors que les nouvelles technologies permettent de tenir des conférences vidéo très réalistes.

Les défenseurs de ces rencontres objecteront qu’aucune technologie ne remplace le contact personnel entre des êtres humains. Ils diront que les endroits enchanteurs où se tiennent ces réunions favorisent la bonne entente. Ils expliqueront que la gastronomie, cette diplomatie du ventre, a souvent joué un rôle dans la conclusion d’accords internationaux. Bien sûr.

Mais les résultats des sommets sont de plus en plus ténus. Et les occasions de rencontres internationales entre les dirigeants sont de plus en plus nombreuses.

Des désaccords profonds

Parmi les membres du G7, l’un est beaucoup plus puissant que les autres : les États-Unis. Au point où le G7 a pu parfois ressembler à une réunion des lieutenants des États-Unis. Plus maintenant.

D’une part, les États-Unis ont perdu beaucoup de leur puissance. D’autre part, l’actuel président des États-Unis ne comprend pas la nécessité de bâtir des alliances multilatérales fortes. Il ne jure que par les accords bilatéraux.

Donald Trump est en désaccord profond avec les dirigeants des grandes démocraties.

Dans son propre pays, il affaiblit la démocratie. Il attaque gratuitement les médias. Il appuie les initiatives qui visent à exclure les électeurs pauvres ou des minorités. Il accueille avec bienveillance l’intrusion des puissances de l’argent dans les campagnes électorales. Il soutient aveuglément le gouvernement israélien. Il flirte avec les dictateurs.

Trump est contre la redistribution équitable de la richesse. Il a scandaleusement abaissé les impôts des super-riches. Il est contre la taxation des GAFA. Il fait passer les profits avant la protection de l’environnement.

Les autres dirigeants des démocraties ne sont pas blancs comme neige. Mais jamais ils ne voudraient imiter Trump. À bien des égards, dans la logique politique américaine, ils sont à gauche de Bernie Sanders. Très à gauche.

Malaise

C’est peut-être ici la cause du malaise à l’égard du G7 : les États-Unis de Donald Trump appartiennent de moins en moins au groupe des grandes démocraties modernes.

Mais aucun autre leader du G7 ne peut prendre le relais du leadership américain. Angela Merkel s’en va, Justin Trudeau n’a pas la carrure requise, Boris Johnson est politiquement fragile, Shinzo Abe arrive en fin de règne, la France est divisée, l’Italie est déchirée par la proportionnelle.

Sans volonté américaine et sans leadership, le G7 est un peu pitoyable.

Finalement, les seuls à bien profiter du G7 sont peut-être les policiers, qui font des heures supplémentaires, et les médias, qui peuvent publier de belles photos.