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Big Mother au bureau

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Cette semaine, un autre clou a été enfoncé dans le cercueil de la liberté d’expression­­­.

Quoi ? On veut censurer une pièce de théâtre, retirer un livre des bibliothèques, annuler la venue d’un penseur controversé dans une université ?

Non, pire que ça.

On veut contrôler les discussions privées.

Pas de farce.

CONTRE LES PROPOS « GÊNANTS »

La nouvelle, sortie par l’agence Bloomberg, est passée sous le radar.

Elle est pourtant capitale.

Voici un extrait du texte que la section Argent du Journal a consacré au sujet avant-hier (j’ai mis en majuscules les mots qui m’apparaissent les plus inquiétants).

« Google a publié de nouvelles règles visant à décourager ses employés de débattre de politique­­­.

« Les lignes directrices de la COMMUNAUTÉ invitent les employés de Google à ne pas avoir de conversations GÊNANTES et les informent qu’ils seront tenus RESPONSABLES de ce qu’ils disent au bureau.

« Google est d’ailleurs en train de créer un outil qui permettra aux employés de SIGNALER les publications internes PROBLÉMATIQUES et développe une équipe de MODÉRATEURS dédiée à SURVEILLER les messageries internes de la compagnie. »

On est rendus là.

Une entreprise privée (et pas la moindre !) va surveiller les conversations privées de ses employés !

Afin d’éviter que les petits lapins hypersensibles soient confrontés à des propos « gênants­­­ » !

C’est quoi, un propos gênant, bout de viarge ?

Qui va décider qu’un propos est « gênant » ? À partir de quels critères ?

Et qu’est-ce que ça veut dire : « Les employés seront tenus responsables de leurs propos » ?

Ils vont être avertis ? Punis ? Renvoyés ?

Ils devront s’excuser publiquement et suivre un atelier de sensibilisation ?

Mais c’est la Chine de Mao, bordel !

La Russie de Staline !

Et on accepte ça sans broncher ?

RINTINTIN TOUT NU

Je vous rappelle que pendant que Google veut « épurer » les conversations de ses employés, cette multinationale gonzilliardaire fait un fric fou en vous permettant de consulter une myriade de sites pornos tous plus dégradants les uns que les autres.

Tu veux trouver un site de zoophiles ?

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Simple ! Va sur Google et tape « chien » et « sexe ». Ou « ferme » et « orgie ».

Google a répertorié tous les sites du genre ! Un clic du doigt, et tu pourras voir Rintintin zigner son maître !

Et c’est cette entreprise qui nous fait la leçon ? Qui joue les pudibondes ?

Qui va envoyer des délateurs se promener dans ses bureaux pour voir s’il n’y a pas un commis qui a fait un gag « grossophobe » sur l’heure du lunch ?

Quelle hypocrisie !

On vit dans un monde de fous.

Notre liberté d’expression fond comme neige au soleil et on s’en sacre.

On regarde ça sans réagir.

LAVER LA LANGUE

On dirait Aurore l’enfant martyre, première version : « Fais attention à ce que tu dis, sinon maman va te laver la langue avec du savon ! »

C’est quoi, la suite ?

Intégrer des logiciels dans les cellulaires afin de bleeper certains­­­ mots ?

Méfiez-vous des petits lapins. Ils ont l’air inoffensifs, comme ça.

Mais ils sont hyper dangereux.