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Dorion croit à une «culture d’autocensure» chez Québecor

La députée Catherine Dorion et le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau
Photo Simon Clark La députée Catherine Dorion et le PDG de Québecor, Pierre Karl Péladeau

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Au lendemain de son coup d’éclat en commission parlementaire lors du passage de Pierre Karl Péladeau, la députée solidaire Catherine Dorion est revenue à la charge, en accusant Québecor d’entretenir une «culture d’autocensure».   

Mercredi, lors de l’audition du président et chef de la direction de Québecor dans le cadre de la consultation sur l’avenir des médias, la députée de Taschereau a raconté qu’à l’époque où elle bloguait pour Le Journal, un cadre serait intervenu auprès d'elle en lui indiquant qu’il ne fallait pas «mordre la main qui te nourrit».  

«Il n’y a pas eu de censure, a précisé jeudi matin Mme Dorion. Personne ne m’a dit d’enlever les billets de blogue du site. Et à moins qu’ils les aient enlevés aujourd’hui, vous pouvez toujours aller [...] les lire, mais il y a une culture d’autocensure.»  

Une «culture d’entreprise»  

La députée de Taschereau, qui a publié une trentaine de billets sur le site du Journal de Québec d’août 2016 à mars 2018, estime que l’expérience qu’elle a eue lui suffit pour conclure qu’il y a cette «culture d’entreprise» chez Québecor.  

«Je ne parlerai pas d’une politique interne de censure, [mais] selon ce que j’ai vécu, une culture d’autocensure: voici ton carré de sable, puis si t’en sors, on va t’appeler, puis on va te le dire.»  

Quand on lui a demandé combien de personnes au sein de l’entreprise étaient intervenues auprès d’elle à l’époque, Mme Dorion a référé au contenu de sa déclaration de la veille.  

Devant M. Péladeau, mercredi, l’élue solidaire avait également raconté qu’après avoir répondu, dans un autre billet, à une chronique de Sophie Durocher, on était à nouveau intervenu en la menaçant de mettre fin à son blogue.  

La peur  

Selon Mme Dorion, ce phénomène dépasserait les frontières des médias de Québecor, dont font partie Le Journal, TVA et LCN.  

«Ce que j’ai raconté hier, j’ai jasé avec d’autres personnes qui m’ont parlé d’une expérience semblable, et même à l’extérieur de Québecor, il y a d’autres journalistes, ou des chroniqueurs, surtout des blogueurs, des gens qui disent: “Même si je travaille pour une autre entreprise que Québecor, je n’irai pas parler contre Québecor, parce que mon boss a peur des poursuites.”»  

Interrogée sur la possibilité que, dans d'autres médias, des chroniqueurs d'un même journal évitent de s'interpeller entre eux, Mme Dorion a invité les journalistes à faire des vérifications auprès des différents groupes de presse.  

Mme Dorion s’est par ailleurs montrée satisfaite de son échange de la veille avec M. Péladeau, qui s’est limité à lui reprocher d’essayer de «se donner en spectacle».  

«Je pense qu’il était déstabilisé, et puis, quand on est déstabilisé, on dit des choses du genre. Je suis une artiste, hein, la nature humaine, ce n’est pas quelque chose qui m’étonne», a dit la députée de Taschereau.  

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