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La Grèce éternelle

Antimanuel de mythologie grecque
Photo courtoisie Antimanuel de mythologie grecque/ Livre 1: Raconter
Alexandre Lebœuf
Éditions L’instant même

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Je ne connais de la Grèce que les nouvelles, généralement mauvaises, entendues à la radio, sur la situation catastrophique de l’économie, ou encore les souvenirs que m’a laissés mon cours classique où l’on m’enseignait les humanités gréco-latines.

Le professeur Alexandre Lebœuf se propose de revisiter certains mythes en amenant sur le terrain ses étudiants pour qu’ils s’imprègnent du décor où ont surgi ces histoires fabuleuses de la Grèce antique qui ont fondé notre propre histoire, sans cesse revisitée, « où les héros ne sont que des guides ».

Chaque texte – il y en a une vingtaine – raconte un mythe, de la naissance à la mort, en passant par toutes les transes de l’amour. Des amours souvent funestes, trempés dans l’adultère et la traîtrise. C’est Égisthe follement épris de Clytemnestre qui, en l’absence de son époux Agamemnon, parti guerroyer du côté de Troie, se laisse séduire en toute connaissance de cause. Amour interdit et pourtant assumé pleinement de part et d’autre. « Jamais auparavant je n’avais avec tant de passion aimé une femme. Tout d’elle m’excitait, me charmait, m’émerveillait », clame-t-il en toute impunité.

Il y a la jeune reine Pasiphaé. Sous l’emprise du dieu Poséidon, le maître des mers et des forces telluriques qui veut venger le triple affront perpétré par le roi Minos, elle s’amourache d’un taureau blanc. De cette union ignoble naîtra Astérion le Minotaure.

Puis on découvre le mystère de la naissance du futur roi d’Athènes, Érichthonios, fils d’Héphaïstos, le forgeron bossu, et de Gaïa, la Terre-Mère, mais qui sera élevé par la déesse vierge Athéna. Érichthonios, « né de la suie, de la laine, de la pierre, du métal, du feu et de la terre », se considère malgré tout l’enfant d’Athéna­­­.

Création du langage

Alexandre Lebœuf raconte de belle façon la naissance des neuf muses, sur le sommet enneigé de l’Olympe, résidence du tout-puissant Zeus, qui s’est épris d’amour pour Mnémosyne, la déesse de la mémoire. Celle-ci enseigne au roi des dieux « la création des mots et du langage », tandis que Zeus l’initie aux joies de la sensualité.

D’une même coulée, le philosophe raconte l’origine de la Voie lactée qui englobe notre système solaire : un trop plein de lait maternel, provenant de la déesse Héra. Celle-ci, n’en pouvant plus de donner le sein à l’affamé bébé, Héraclès, fils de Zeus, l’arracha de son sein qui n’en continua pas moins de couler. « Un puissant jet de lait fut propulsé en l’air comme le souffle soudain d’un geyser. [...] La traînée blanche s’éleva, traversa l’immensité du ciel et, au-delà de la portée même des dieux, se mit à tourbillonner », donnant ainsi naissance à la Voie lactée.

Rituels de la mort

Dans un tout autre registre, le spécialiste de la Grèce antique nous initie aux rituels de la mort. On se retrouve soudainement dans la chambre du tortionnaire Polypémon, appelé aussi Procuste, spécialiste du dépeçage humain, jusqu’à ce que Thésée, fils d’Égée, lui fasse subir le même sort.

La légende de Méduse est plus poétique, mais se nourrit néanmoins du sang d’autrui. Méduse transformait en roc les malheureux qui croisaient sa route. Persée, le fils de Danaé, réussit un jour à la décapiter. Mais sa tête sanguinolente, qu’il emportait avec lui tel un trophée, entra en contact avec l’eau de mer. « Depuis ce jour, les coraux que les marins grecs nomment gorgônion, conservent la propriété de se durcir au contact de l’air. » Comme quoi, même morte, la maléfique Méduse continue de pétrifier toute forme de vie qui croise son chemin.

Voici une belle occasion de revisiter les mythes fondateurs de la sagesse.