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Petits secrets et gros mensonges

Lockdown
Guillaume Bourque
Leméac
224 pages
2019
Photo courtoisie Lockdown
Guillaume Bourque
Éditions Leméac, 224 pages

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Le clan Longpré s’est offert une gâterie : passer Noël tous ensemble en République dominicaine. Ça va très mal tourner !

Les aînés des Longpré, vieillissants, ont décidé de payer un gros cadeau à leurs descendants : un séjour dans un tout-inclus « afin que la famille se crée un dernier grand souvenir en commun ». Sauf que, comme le constate Paulette, l’une des grands-mères, « ce dernier grand souvenir serait celui d’une catastrophe ».

C’est qu’il y a eu drame. La fille du proprio du complexe touristique a été sauvagement agressée et laissée pour morte. Du coup, personnel comme visiteurs se retrouvent suspects.

Sauver les apparences

En ce 26 décembre au matin, les touristes sont donc confinés à leur chambre et doivent répondre à une question très simple lorsque les policiers viennent cogner à la porte : où étiez-vous entre onze heures du soir et deux heures du matin ?

À question simple, réponses alambiquées ! Car bien des hommes du clan ont leurs secrets qu’ils n’ont nulle envie de révéler devant leurs enfants, leur conjointe, leurs cousines... Des aventures d’un soir, bien sûr, mais pas que. Il y a des dérapages dont on n’est pas fier ou des manies qu’on souhaite garder pour soi.

Sous le couvert d’une enquête policière, c’est en fait un portrait de la condition masculine qui nous est révélé. C’est à la fois cru, cynique et tendre. Les détails sont impitoyables, mais quand on prend en compte le passé de chacun – et le confinement est propice à l’introspection –, on comprend pourquoi les gars s’enlisent dans leurs mensonges.

Les femmes du clan les jugent ou les soutiennent, ferment les yeux au besoin, mais au fond elles ignorent ce qui remue vraiment les hommes qui les entourent. Et ceux-ci travaillent fort pour sauver les apparences !

Une femme compétente

Celle qui n’est pas dupe, c’est l’enquêteuse Valdez, membre de l’équipe d’une centaine de policiers déployés sur le vaste complexe touristique. Le propriétaire des lieux est un homme influent, voire dangereux, il faut donc que le travail soit mené rondement.

Or, Valdez est une femme compétente qui ne laisse rien passer, d’autant qu’elle maîtrise très bien le français. Les gringos ont intérêt à ne pas jouer au plus fin avec elle ! Belle manière pour Guillaume Bourque de secouer les clichés qui se moquent allègrement des capacités policières des pays du Sud.

Cette manière d’aller au-delà des a priori fait tout l’intérêt d’un récit qui n’aurait pu être que la description anecdotique de Québécois dont les vacances toutes festives et alcoolisées dérapent.

Drôles de moineaux

La plume de l’auteur emprunte d’ailleurs ce ton de la légèreté qui colle à l’atmosphère d’un séjour au soleil. Et les Longpré sont de drôles de moineaux ! Mais mine de rien, en étalant leurs faiblesses, il dépasse la parodie et donne de la consistance à ses personnages, les rendant finalement attachants.

Quant au polar, on ne fait que l’effleurer... Du moins jusqu’aux deux dernières pages. Sur quel frisson inattendu Bourque nous laisse-t-il !