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Les médias et l’idéal anarchiste de QS

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Il y a quelque chose de profondément naïf dans la position de Catherine Dorion qui veut protéger les travailleurs des médias, mais qui ne veut pas soutenir les grands groupes de presse. Une position anarchiste et romantique, complètement déconnectée des réalités du marché mondial.

Ses opinions anarchistes vont jusqu’à la faire douter de l’honnêteté des journalistes, chroniqueurs et blogueurs qui travaillent pour de grands groupes.

Sans s’en rendre compte, elle livre le même combat populiste que Donald Trump qui s’est fait une spécialité de mettre en doute le travail des médias.

Contre les médias sociaux

Selon Axios, après avoir monté ses partisans contre les médias traditionnels, Trump entendrait maintenant s’en prendre aux médias sociaux. Madame Dorion ira-t-elle aussi dans ce sens ?

Les médias sociaux sont la principale source d’information chez les moins de 30 ans. Ces médias sociaux se sont dotés de mécanismes qui réduisent les biais générés par leurs algorithmes. Mais peu importe. Trump veut faire croire que ces médias le censurent.

Trump semble estimer qu’il n’a pas besoin des médias traditionnels ni des médias sociaux. En effet, près de 64 millions de personnes sont abonnées à son compte Twitter.

Il peut leur parler directement, sans redouter les critiques des médias.

Dans une étude portant sur 38 pays à travers le monde, le Pew Institute a constaté que les États-Unis ont peu confiance en leurs médias traditionnels. Seuls 56 % des Américains estiment qu’ils couvrent l’information avec justesse.

Au Canada, 78 % des gens sont de cet avis. La médiane mondiale est à 62 %.

Il serait terrible que les Québécois et les Canadiens perdent confiance en leurs médias traditionnels en raison du populisme de politiciens comme madame Dorion.

Autorités contre médias

Les autorités en place détestent toujours que les médias les critiquent. Si elles peuvent réussir à convaincre les gens de ne pas suivre les médias qui sont critiques, c’est tant mieux pour elles. Mais pas pour la société.

Par exemple, un des facteurs déterminants de la Révolution tranquille a été l’avènement de la télévision. Subitement, les curés de l’époque ont été confrontés à des gens qui étaient très éduqués et qui en direct démolissaient à l’écran leurs superstitions aberrantes. Les gens ont cessé de les croire. Les curés y ont perdu une bonne partie de leur pouvoir.

Une contre-révolution tranquille ?

Mais un effet inverse pourrait survenir : nous pourrions amorcer une sorte de contre-révolution tranquille.

Nous pourrions entrer dans une ère où les citoyens s’alimenteraient aux déclarations brutes des dirigeants, où chacun consommerait l’information presque uniquement dans le cercle restreint son réseau social informatique. Une sorte d’anarchisme médiatique.

Pourtant, le monde est devenu plus complexe. Réparer une automobile est plus compliqué qu’avant. L’économie mondiale influence l’économie locale plus que jamais. Les charlatans de toutes sortes pullulent. Les citoyens ont besoin plus que jamais d’une information éclairée et exacte. Les grands groupes de presse en sont garants.

Il est bien entendu sain et souhaitable de critiquer les médias. Mais ces critiques ne doivent pas aboutir au rejet général des médias. La très vaste majorité des journalistes, chroniqueurs et blogueurs travaille avec honnêteté. Laisser entendre le contraire est nocif pour la société.