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Des directeurs nommés à la va-vite

Un poste de direction d’école sur quatre n’était pas pourvu il y a moins de deux semaines, selon un sondage

Recrutement directeurs d'école
Photo Dominique Scali Julie Richer n’a pas pu commencer ses études en administration scolaire avant d’être nommée directrice adjointe à l’école Arc-en-ciel, à Laval. « Il n’y a pas de stage quand on devient directeur », dit Jean Godin (à droite), directeur de l’école.  

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Plusieurs directeurs d’école doivent apprendre leur métier « sur le tas » en pleine frénésie de la rentrée après avoir été recrutés à la dernière minute, tant les candidats pour ce poste se font rares.

« C’est vertigineux », témoigne Julie Richer, 46 ans.

Il y a à peine deux semaines, cette enseignante d’expérience ne savait même pas si sa commission scolaire avait retenu sa candidature comme directrice. Et puis boum ! Le 23 août, le jour de la rentrée des profs, elle devenait directrice adjointe de l’école primaire de l’Arc-en-ciel, à Laval.

Elle a dû apprendre à exercer une grande partie de son rôle en quelques jours : faire les horaires de surveillance des élèves, organiser les rencontres avec les collègues et parents ainsi qu’une panoplie de tâches administratives.

Entrevues lundi

Et elle est loin d’être seule. Dans la semaine précédant la rentrée, plus d’un poste de direction d’école sur quatre (27 %) n’était toujours pas pourvu, selon un sondage réalisé par la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE).

« Encore le lundi 26 août, il y avait des entrevues », illustre le président Nicolas Prévost.

La plupart de ces postes ont été pourvus depuis grâce à un blitz d’embauche de dernière minute, mais cela laisse très peu de temps aux nouveaux directeurs pour s’approprier leur rôle.

Surtout que la majorité (68 %) des commissions scolaires ont des directions qui n’ont pas terminé ou même commencé leurs cours en administration scolaire, qui leur enseignent, par exemple, à gérer un budget d’école.

« C’est un peu la crise », dit Nicolas Prévost, qui s’inquiète de voir la banque de relève complètement à sec dans une trentaine de commissions scolaires.

De plus, le Québec connaît une grave pénurie de profs, et c’est justement parmi eux que les futures directions sont recrutées.

Pas assez payant

Pourquoi sont-ils si rares à faire le saut comme directeurs ? Notamment parce que cela n’est pas beaucoup plus payant que d’être enseignant, explique-t-on.

Résultat : les postes de direction attirent souvent de jeunes profs, pour qui le bond salarial est plus intéressant. Plusieurs n’ont même pas les huit ans d’expérience requis pour devenir directeur, révèle le sondage de la FQDE.

Tout un défi pour ces jeunes cadres qui devront bâtir leur crédibilité auprès de profs chevronnés et de parents parfois difficiles, note M. Prévost.

Plusieurs pistes de solution existent toutefois, comme de baisser les planchers minimums d’élèves pour qu’un directeur ait droit à un adjoint. Mais surtout, accompagner et soutenir les recrues pour qu’elles n’abandonnent pas en cours d’année, suggèrent les directions interrogées.

« Je ne sais même pas où sont les locaux »

Des directrices nommées en vitesse étaient encore dépassées par leurs nouvelles tâches la semaine dernière.

« Je me sens comme une niaiseuse. Je ne sais même pas où sont les locaux. Une tâche qui devrait me prendre cinq minutes me prend deux heures », avoue en riant Véronique (nom fictif).

Elle préfère taire son vrai nom pour ne pas nuire à son emploi, elle qui vient tout juste d’être nommée directrice adjointe dans une école de Montréal.

Le Journal l’a attrapée à 7 h 15 du matin, avant le début de sa journée. La veille, elle était sortie de l’école après 20 h.

« En début de carrière, une direction fera en général des journées de 12 heures », estime Jean Godin, président de l’Association des directions d’établissements scolaires de l’Île-Jésus.

« Mardi matin [jour de la rentrée des élèves], on a réalisé que le papier de toilette avait été oublié », illustre Geneviève Jean, fraîchement nommée à son poste de directrice d’école à Sept-Îles.

Chantier de construction

Elle aimerait bien s’approprier les dossiers et être disponible pour les profs et les élèves, mais elle doit en parallèle gérer un chantier de construction.

Les toilettes sont-elles prêtes ? Le ménage de tel local a-t-il été fait ? énumère Mme Jean.

Avec les agrandissements qui se sont multipliés cet été, les chantiers empoussièrent encore bon nombre d’écoles, ce qui demande énormément de gestion, remarque Hélène Bourdages, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES).

Poussés à la retraite

« La cohabitation avec les chantiers, ça use prématurément. Il y a eu une gang [de directions] qui sont parties à la retraite pour cette raison. »

L’AMDES a donc demandé au ministère de revoir le financement afin qu’il y ait plus de gestionnaires administratifs pour gérer les chantiers.

Malgré la broue dans leur toupet, les nouvelles directrices interrogées ne regrettent pas d’avoir fait le saut.

« Les profs ici sont adorables. Les parents sont impliqués [...] La direction est inspirante. C’est passionnant et motivant », illustre Véronique.

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