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Maxime Bernier: le grand dérapage

Maxime Bernier
Photo Guillaume St-Pierre

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Parce qu’il est exclu des débats des chefs en vue du scrutin fédéral du 21 octobre, le libertarien Maxime Bernier se drape dans sa grande cape de persécuté par les «méchants» médias et l’«establishment» politique corrompu selon lui. 

Or, son numéro de grande victime a assez duré. L’ex-ministre conservateur et chef du nouveau Parti populaire du Canada (PPC) dérape sérieusement. Il dérape tellement qu’il en a déjà perdu le peu de crédibilité qui lui restait encore. 

Ce sera bien entendu aux électeurs de décider de son sort, mais pour le moment, rien ne va plus pour celui qui, en quête obsessive de visibilité et à chaque sortie tonitruante, fait de plus en plus penser à une combinaison outrancière d’un simili-Trump et d’une sous-Le Pen. 

À l’instar de tout ce qui grouille de plus rétrograde à la droite de l’échiquier politique, il a qualifié toute réouverture du débat sur le libre choix des femmes à l’avortement de «beau risque». Ce qui, en plus, comme je l’expliquais ici, fait de lui un faux libertarien. 

Maxime Bernier est également non pas un climatosceptique, mais un climatonégationniste. Pour lui, les ch angements climatiques, ça fait partie de la vie : «Le CO2 n'est pas de la pollution. C'est ce qui sort de votre bouche quand vous respirez et ce qui nourrit les plantes.» Misère... 

Il s’est aussi réjoui d’une affiche publicitaire achetée par un lobby de droite qui, fautes de français en extra, exhortait en ces termes à voter Bernier et PPC : «Dîtes NON à l’Immigration /sic/ de Masse /sic/». Une affiche retirée par la suite par la compagnie qui louait l’espace d’affichage. 

Or, l’immigration dite de «masse» ou «massive» fait également partie du langage codé de l’extrême-droite européenne qui, dans son cas et dans les faits, est anti-immigration. 

En réaction au retrait de l’affiche, Maxime Bernier en a remis, accusant la «meute gauchiste totalitaire» d’en être la responsable. Dans la vaste catégorie «délire politique», c’est dur à battre. Si «meute» il y a, c’est plutôt un groupement d’extrême-droite qui se réclame fièrement de cette même étiquette. 

Quant à son fil twitter, il est proprement hallucinant. 

Le pire du pire se trouve dans sa longue diatribe contre Greta Thunberg, une jeune militante suédoise environnementaliste de 16 ans qui, pour tenter de sensibiliser les populations à cet enjeu crucial, parcourt le monde. 

On peut bien entendu approuver ou non les idées ou les actions de Mme Thunberg, mais Maxime Bernier va beaucoup plus loin. Trop loin. 

Sur son fil twitter, en plus de verser dans une vaste théorie de complot d’une supposée «gauche verte» qui manigancerait pour nous rendre tous «plus pauvres», il s’en est pris personnellement et grossièrement à Greta Thunberg : 

«Great Thunberg est mentalement instable /sic/. Autiste, mais aussi obsessive-compulsive, trouble alimentation, dépression, léthargie. Elle vit dans une peur constante et veut nous la communiquer.» 

Mme Thunberg vit avec le syndrome d’Asperger. Point. Ce qu’il en dit est tout simplement dégoûtant. 

Le fiel de Maxime Bernier est ici digne d’un intimidateur de fond de ruelle. 

Le pire du pire du pire est la dernière section de son enfilade agressive contre la jeune militante : 

«Que Greta Thunberg soit ou non manipulée est un problème qui concerne elle et ses parents. Elle est devenue une figure influente d’un mouvement qui est une menace à notre prospérité et notre civilisation. Si elle veut jouer ce rôle, elle doit être dénoncée et attaquée.» 

«Attaquée» ??? 

Quand Maxime Bernier pousse l’indécence personnelle et l’indigence intellectuelle jusqu’à souhaiter que Mme Thunberg soit «attaquée», la dernière chose dont les autres chefs ont besoin est de se retrouver sur la même scène qu’un politicien qui, lui, n’hésite pas à recourir en guise d’argument à ce qui prend des airs de menace. 

Maintenant, la question qui tue : y aurait-il au Canada un terreau fertile pour un tel niveau de démagogie et d’agressivité populiste? C’est ce qu’on saura le 21 octobre au soir.

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