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La très bonne idée de Pauline Marois

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Après son court mandat comme première ministre, Madame Marois avait juré de ne jamais jouer les belles-mères. Elle a tenu parole. Elle n’en constate pas moins qu’avoir occupé pareille fonction entraîne des responsabilités.

Dimanche dernier, dans une entrevue téléphonique diffusée par La Presse canadienne, l’ancienne première ministre se demandait si elle ne pourrait pas devenir une ambassadrice du français au Québec. Quelle belle idée, chère madame Marois !

Les rares Canadiennes ayant occupé cette haute fonction furent jusqu’à ce jour très discrètes. Si discrètes, qu’à part Kathleen Wynne et Rachel Notley, fraîchement défaites dans leurs provinces respectives, personne ne pourrait nommer les huit autres femmes qui furent premières ministres d’une province ou d’un territoire.

L’idée de Mme Marois ne pourrait être plus opportune. Le français est en recul partout au Québec et c’est devenu honteux, démodé, élitiste ou maniéré de parler correctement.

Les égouts de la langue

Ce n’est pas seulement d’une ambassadrice que la langue française a besoin au Québec, mais d’une véritable égérie. Une personne capable, par sa seule autorité morale, de secouer les puces de l’Office de la langue française, d’influencer le gouvernement, de faire honte aux entreprises qui se moquent du français, et surtout, de semoncer comme ils le méritent les organismes gouvernementaux, le monde du spectacle et les médias.

Au lieu d’être les promoteurs d’une langue bien écrite et bien parlée, la radio et la télévision s’en font de plus en plus les fossoyeurs. Quant aux réseaux sociaux, ils sont les égouts de la langue.

Si Madame Marois décide de monter ce cheval de bataille, elle fera œuvre plus utile que la plupart de ses prédécesseurs. Ceux qui étaient avocats n’ont-ils pas profité de leur profession pour se bâtir une retraite confortable en décrochant de lucratifs contrats gouvernementaux ou paragouvernementaux ?

Un legs de Pierre Nadeau

Pauline Marois est une femme respectée, même de ses adversaires politiques. Elle a occupé le plus grand nombre de fonctions ministérielles de l’histoire du Québec. Grand-croix de l’Ordre de la Pléiade, sa réputation n’est plus à faire dans la francophonie. De plus, grâce à son mari Claude Blanchet, elle est indépendante de fortune et n’a guère à se soucier de son avenir matériel.

Madame Marois ne serait pas la première femme à mettre son prestige politique au profit d’une cause. Même si elle l’a fait sans ostentation, Kim Campbell participe activement à la vie universitaire de l’Alberta où elle a fondé le Peter Lougheed Leadership College destiné à former les leaders de demain. En France, Brigitte Macron fait campagne pour la sauvegarde du patrimoine en s’aidant du parrainage de Stéphane Bern. Avant elle, Danielle Mitterand s’était battue bec et ongles pour que tous les habitants de la planète aient accès à de l’eau potable. On connaît la croisade de Michelle Obama contre l’obésité.

Pourquoi l’offensive de Madame Marois en faveur de la langue ne porterait-elle pas le nom de Pierre Nadeau ? Ce camarade, décédé mardi, fut l’un des derniers de la génération des analystes et commentateurs dont le français n’avait pas à être sous-titré pour être compris dans l’ensemble des pays francophones.

En faire le parrain d’une pareille offensive serait une façon astucieuse de perpétuer sa mémoire.