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Implantation de la pilule abortive: le Québec fait preuve de retard

Pill Bottle
Photo stock.adobe.com (ivanko80)

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Malgré l’introduction de la pilule abortive, il reste encore beaucoup de travail à faire pour que les Québécoises puissent avoir le choix entre l’avortement chirurgical et l’avortement médical, soutient une étude dévoilée vendredi matin à l’Université Laval.

Selon l’étude menée par des chercheurs de l’Université Laval, qui a été dirigée par Édith Guilbert, professeure à la Faculté de médecine, le Québec est «lent» à rendre la pilule abortive plus accessible, contrairement à la Colombie-Britannique, l’Ontario et l’Alberta.

Santé Canada a approuvé la pilule abortive en juillet 2015. Elle est progressivement devenue accessible au Canada en janvier 2017, puis au Québec, un an plus tard.

En avril 2019, 23 des 49 cliniques québécoises d’avortement (47%), la plupart en milieu rural, n’offraient toujours pas le service d’avortement médical avec la pilule abortive.

«Il reste encore beaucoup de travail à faire pour rendre l’accès à l’avortement médical facile et équitable au Québec», affirment les auteurs du volet québécois d’une étude pancanadienne.

Des chiffres qui parlent

En tout, 37 médecins ont été interviewés dans l’ensemble des régions du Québec, de janvier à mars 2018.

Après 18 mois d’accessibilité, plus de 30% des Ontariennes et 40% des Britanno-Colombiennes obtenant un avortement se sont prévalues de la pilule abortive, alors qu’au Québec, après la première année, cette proportion n’était que de 9%.

«Le développement d’un leadership éclairé s’avère essentiel pour réduire les barrières réglementaires et administratives, et ainsi, soutenir l’adoption de cette nouvelle pratique par les professionnels de la santé en soins de première ligne», écrit-on.

Les instances scientifiques affirment que la pilule abortive à base de mifépristone et de misoprostol offre une combinaison thérapeutique «efficace et sécuritaire» pour interrompre les grossesses jusqu’à 10 semaines depuis la date des dernières menstruations.

Au Québec, les avortements sont principalement effectués par des médecins de famille. En 2017, le taux d’avortement était de 14,6/1000 femmes.

Selon les auteurs, l’implantation québécoise de la pilule abortive a débuté dans un imbroglio réglementaire opposant Santé Canada et le Collège des médecins du Québec.

De plus, on soutient que les standards actuels de pratique de l’avortement médical ne suivent pas l’évolution de l’acceptation sociale de l’avortement au Québec.

«Dans le monde, la pilule abortive est d’ailleurs de plus en plus prescrite par des professionnels autres que les médecins, comme des infirmières, des sages-femmes, des assistantes-infirmières, des assistants-médecins, des pharmaciens, et les femmes peuvent aussi se la procurer, elles-mêmes, en ligne. Dans toutes les provinces canadiennes, sauf au Québec, les infirmières praticiennes spécialisées sont autorisées à la prescrire de façon indépendante, sans supervision», précise-t-on dans l’étude.

La complexité du système de santé est aussi interpellée par les auteurs. Les participants soulignent la lenteur de l’approbation de nouveaux protocoles de soins, la difficulté à trouver les gestionnaires pouvant faire cheminer le dossier, les gestionnaires embourbés et le manque d’intérêt. Il semble aussi exister une confusion au niveau de la distribution du médicament.