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Quand on se ment à soi-même

Martin Cauchon
Photo d'archives, Stevens LeBlanc Martin Cauchon

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Le ministre de l’Économie a fait preuve d’une belle candeur cette semaine en commentant le sauvetage des journaux du Groupe Capitales Médias. Il a reconnu platement et simplement que les deux prêts totalisant 15 millions $ ne seront jamais remboursés.

Qui a été surpris ? Quelqu’un avait sérieusement anticipé que nous reverrions la couleur de cet argent ? Malgré la faible surprise, la chose est loin d’être banale. Parce qu’au fond, ce qu’il faut dire aujourd’hui, c’est que nous avons tous joué dans le film d’un immense mensonge.

Juste avant les élections, les libéraux de Philippe Couillard avaient allongé un « prêt » de 10 millions $. Puis, le mois dernier, le gouvernement de la CAQ a débloqué un « prêt » d’urgence de cinq autres millions de dollars. Soyons francs : l’usage du mot prêt constitue un maquignonnage terrible.

Allez jaser de prêt avec votre gérant de banque. Vous allez vite comprendre que pour parler sérieusement d’un prêt, il faut évaluer sérieusement la capacité de rembourser.

Quelle sincérité ?

Dans le cas de Capitales Médias, personne dans les gouvernements de la CAQ ou du PLQ n’a cru un instant que cette organisation était en train d’opérer un redressement financier spectaculaire qui permettrait de générer des profits pour remettre ces millions. Personne n’a cru avec sincérité qu’il s’agissait d’un prêt.

Cette hypocrisie est grave pour deux raisons. D’abord, je ne crois pas que le fait de se mentir à soi-même mène sur la piste des solutions. Qu’on me comprenne bien, j’ai souhaité ardemment la survie de ces journaux que je connais bien et qui sont essentiels dans leurs régions respectives.

Cependant, un faux prêt donné avec de faux prétextes a peut-être pour effet de pelleter vers l’avant une situation qui requerrait des coups de barre immédiats. Pour faire face aux vrais choix qui amènent les vraies décisions, il vaudrait mieux appeler les choses par leur vrai nom.

Deuxièmement, suis-je le seul à avoir un malaise avec l’idée de baigner dans le mensonge lorsqu’on est dans le monde des médias ? N’est-ce pas le rôle des médias de débusquer les mensonges gouvernementaux ? De dévoiler au grand jour l’usage de l’argent des contribuables pour faire un prêt qui n’en est pas un ?

Subvention ?

La situation est d’autant plus grave en sachant que si l’on avait remis une subvention tout bonnement à un média, cela aurait provoqué un gros malaise. Un média censé surveiller le gouvernement qui prend un chèque et qui part avec, cela paraît mal. C’est la raison pour laquelle on a parlé de prêt. Mais au fond, un prêt gouvernemental qui ne sera clairement jamais remboursé, c’est une subvention !

Dans un univers de scepticisme généralisé envers les médias, ces faux prêts sont une coche mal taillée. Personne jure ne pas vouloir politiser l’aide aux médias. Le cas du syndicat Unifor, qui représente des journalistes, qui a les mains dans l’aide financière aux médias et qui aide maintenant Justin Trudeau devrait servir de mise en garde.

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