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Ah, le français au Québec!

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En mortaise, Simon Jolin-Barrette.

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Ainsi donc, les partis politiques québécois sont prêts à « rouvrir » la Charte de la langue française.

Même le PLQ vient de sortir de sa torpeur toute couillardesque en désirant améliorer certains éléments de la loi 101. Que ne feraient pas les libéraux pour retrouver une espèce de virginité en la matière ? La désaffection spectaculaire des francophones face au PLQ n’est certes pas étrangère à ce sursaut.

Le premier ministre Legault a enfin compris que le français, langue maternelle de la majorité, serait mieux protégé par celui qui s’avère le surhomme de son cabinet, le ministre Simon Jolin-Barrette.

Cet OVNI de 38 ans, sans peur et de peu de reproche, hérite donc d’un autre mandat délicat et politiquement explosif, celui de la promotion du français.

Déjà responsable de la francisation et de l’intégration des immigrants, le croisé de la CAQ aurait-il le courage et l’audace d’admettre que sa tâche la plus urgente est de s’attaquer à la qualité de la langue parlée et écrite au Québec, tâche indissociable de celle de franciser les immigrants ?

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L’idée de modifier la loi 101 trotte dans la tête du premier ministre depuis longtemps, mais la bataille menée pour imposer la laïcité ne pouvait pas être exacerbée par ce premier combat pour consolider notre identité collective.

Défendre la qualité de la langue au Québec risque de ranger ses partisans dans le camp des élitistes. Car le mot « qualité » provoque un haut-le-cœur ou un haussement d’épaules à nombre de gens. C’est bien connu, le Québec est une des rares sociétés à réagir négativement devant ceux qui s’expriment correctement dans une langue relativement soutenue. Cette semaine, les médias ont fait découvrir ou rappeler à de nombreux Québécois la beauté, l’efficacité et la précision de la langue de Pierre Nadeau, le journaliste exceptionnel qui vient de nous quitter.

Bien sûr, la détérioration de la langue parlée et écrite est un phénomène observé un peu partout en Occident. Mais dans le Québec minoritaire, entouré de plus de 350 millions d’anglophones, le relâchement a de quoi inquiéter. D’autant plus qu’à Montréal, par exemple, on constate que le français des Néo-Québécois originaires d’Haïti, du Maghreb, d’Afrique et bien sûr de France est souvent de meilleure qualité que celui des Québécois de souche. Des enseignants sont à même d’observer la même chose chez les enfants d’immigrants.

Il est humiliant d’avoir à reconnaître cette réalité, mais il serait plus grave de ne pas en tirer quelques leçons. Notre façon provocante de malmener la langue, de la défigurer en l’écrivant même par les personnes relativement scolarisées nous oblige à conclure que nous sommes nos propres bourreaux en la matière.

Cessons donc de nous en prendre aux Anglais à cet égard. Cessons aussi de croire qu’il s’agit d’une lutte entre pauvres et riches. Dans toutes les classes sociales, le mal parlé et l’écriture qui frôle l’analphabétisme existent. Sans complexe et sans honte. Hélas, aucune loi ne peut freiner cette lamentable situation. Car la langue a besoin de fierté et de passion pour s’épanouir.

 
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