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La nouvelle guerre de Sorj Chalandon

Sorj Chalandon
Photo courtoisie ©JF Paga Sorj Chalandon

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Dans ce neuvième roman, l’ancien grand reporter Sorj Chalandon aborde un sujet très différent de ses thèmes habituels : comment la maladie peut parfois aider à se sentir plus vivant que jamais.

La dernière fois qu’on a parlé à Sorj Chalandon, c’était en septembre 2017, à l’occasion de la sortie du Jour d’avant, son huitième roman. Et au cours de cet entretien, il nous avait clairement laissé entendre qu’il n’y aurait peut-être pas de prochain roman, parce que toutes les histoires de guerre, de colère et de trahison auxquelles il tenait étaient maintenant écrites. « À ce moment-là, je ne pouvais pas savoir que j’avais en moi un autre ennemi et que cet ennemi, j’allais le combattre par la littérature », explique l’écrivain, qu’on a pu joindre au téléphone à Paris.

En janvier 2018, les médecins ont en effet­­­ commencé par annoncer à sa femme qu’elle avait un cancer. Puis, moins de deux semaines plus tard, ça a été au tour de Sorj Chalandon. « On s’est retrouvés avec deux cancers et deux enfants, poursuit-il. Chez nous, ce n’était plus une maison, mais le pavillon des cancéreux ! Alors j’ai mis de côté mon cancer de garçon et j’ai écrit Une joie féroce. Non pas pour raconter une histoire de malades, mais pour raconter une histoire de résistantes, de combattantes de la vie. On m’a souvent fait remarquer qu’il y avait peu de personnages féminins dans mes romans. Ce qui est vrai. Les femmes en sont généralement absen­tes ou réduites au rang de mères qui attendent. Mais pas cette fois, puisque je me suis glissé dans la peau d’une femme. Celle de Jeanne, la narratrice. »

L’union fait la force

À 39 ans, sa Jeanne est le genre de femme qu’on ne remarque pas. Libraire de métier, elle mène une existence parfaitement tranquille aux côtés de Matt, son mari. Du moins quand il est là, parce que depuis la mort de leur fils, il ne semble heureux qu’au travail. Remarquez, les choses auraient pu continuer comme ça encore un bon moment. Car si Jeanne n’avait pas appris qu’elle était atteinte d’un cancer du sein agressif réclamant rapidement des séances de chimio, Matt ne l’aurait probablement pas quittée. Le pauvre ne pouvait pas supporter l’idée de voir sa femme souffrir et perdre ses beaux cheveux roux ! « À l’annonce d’un cancer, il y a plein d’hommes qui partent et qui reviennent une fois que les cheveux de leur femme ont repoussé, souligne Sorj Chalandon. Mon plaisir d’être une femme a d’ailleurs été de me permettre de dire ce que je pensais des hommes et de leur attitude, qui peut être épouvantable. »

Pour en revenir à Jeanne, elle devra ainsi se rendre toute seule à l’hôpital afin de recevoir ses traitements. C’est là qu’elle rencontrera Brigitte, une vraie battante qui a décidé que jamais elle ne se laisserait abattre par la maladie. Une énergie contagieuse qui fera le plus grand bien à Jeanne et qui la poussera même à déménager dans le vaste appartement de cette quinquagénaire. Où habitent également sa conjointe Assia et Mélody, la jeune cancéreuse qu’elles ont prise sous leur aile quelques mois plus tôt. Et ensemble, même si la mort les guette, elles seront plus fortes que tout.

Rien n’est impossible

La maladie mise à part, ces quatre femmes ont autre chose en commun : toutes ont perdu un enfant. Avec un peu de chance, l’une d’entre elles pourrait toutefois récupérer le sien. Avec un peu de chance et pas mal de fric, puisqu’elle aurait besoin de 100 000 euros (146 000 $) pour y parvenir.

« Les banques ne font pas de prêt aux gens qui ont un cancer, précise Sorj Chalandon. Dans ces conditions, pour obtenir de l’argent, il faut se tourner vers d’autres solutions, y compris le crime. »

Avec ses nouvelles amies, Jeanne acceptera donc de braquer une bijouterie de la place Vendôme, à Paris. C’est vous dire à quel point Jeanne changera, elle qui avait toujours le mot « pardon » à la bouche.

Cette métamorphose est d’ailleurs au cœur du roman, Sorj Chalandon ayant été impressionné par la vitesse à laquelle sa propre femme s’était transformée en combattante une fois le diagnostic de cancer posé.

« C’est le seul livre que j’ai eu peur de ne pas terminer. Je l’ai écrit à l’hôpital, avec des perfusions. Mais ce que je souhaiterais, c’est que ce livre puisse être aimé sans connaître les raisons pour lesquelles il a été écrit. »

Une joie féroce, Sorj Chalandon, aux Éditions Grasset, 320 pages
Photo courtoisie
Une joie féroce, Sorj Chalandon, aux Éditions Grasset, 320 pages

 

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