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Les sept branches de la rivière Ota: unique et fascinant

Une pièce très accessible qui parle de la vie, de la mort

Les sept branches de la rivière Ota
Photo courtoisie, Elias Djemil-Matassov

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Vingt-cinq années après sa création, Les sept branches de la rivière Ota, a lancé, hier, les activités du Diamant. Une fascinante fresque théâtrale de sept heures qui a marqué le début de l’association entre Robert Lepage et Ex Machina. 

Un spectacle en plusieurs langues constitué de sept parties distinctes et entrecoupé d’entractes. Crée en 1994, Les sept branches de la rivière Ota avait été présenté, dans une version plus courte, en 1996, lors du Carrefour international de théâtre, à l’église Saint-Vincent de Paul. 

On retrouve dans cette nouvelle version, présentée à Moscou, en juillet dernier, tout ce qui fait la beauté du théâtre de Robert Lepage, avec toute son imagerie. 

Une histoire cinématographique, de la subtilité, de la finesse, une scénographie ingénieuse et réussie, une trame sonore avec des segments interprétés en direct un percussionniste, et des moments d’humour qui tombent aux bons moments. 

Un spectacle accessible qui parle de la vie, de la mort, des horreurs de la guerre, de survie, de douleurs et de la résilience. Une première qui s’est déroulée en présence des comédiens Éric Bernier, Marie Gignac et Normand Daneau, qui avaient participé à la création de la pièce. On a aussi aperçu, dans les estrades toutes neuves du Diamant, le comédien Yves Jacques, fidèle collaborateur de Robert Lepage et l’auteur Michel Tremblay. 

Sur scène, on retrouvait, entre autres, Rebecca Blankenship et Richard Fréchette, qui étaient de la distribution originale, entourés de Lorraine Côté, Tetsuya Kudaka, Uniko Miya, Philippe Thibault-Denis et Christian Essiambre, Myriam Leblanc et Audrée Southière, qui sont excellents. 

Scène puissante 

Avant le début de la pièce, la voix préenregistrée de Robert Lepage, livrant les consignes d’usage, s’est fait entendre. 

Sept heures, ça peut sembler long de prime abord, mais ce n’est pas du tout le cas. L’immersion dans Les sept branches de la rivière Ota est totale, incluant, lors de la pause repas, des « poke » bols que l’on pouvait commander à l’avance. Le déploiement de l’œuvre est fascinant et on ne s’ennuie pas. On n’a pas l’impression que la représentation, qui a débuté à 15h, a duré sept heures. 

L’histoire est brillamment racontée, comme Robert Lepage sait le faire et ça se déroule avec une certaine lenteur, qui est très appréciée à une époque où tout va trop vite. 

À l’affiche jusqu’au 15 septembre, avec cinq autres représentations, incluant deux supplémentaires, Les sept branches de la rivière Ota a comme point de départ l’explosion de la bombe atomique à Hiroshima. Une histoire qui tourne autour d’Hanako, une petite fille devenue aveugle en raison de la puissance de la déflagration. 

Ovation 

La pièce débute avec l’arrivée d’un photographe militaire américain, dépêché sur les lieux, afin de documenter les ravages provoqués par cette attaque historique. Un soldat, interprété par Christian Essiambre, qui sera troublé par ce qu’il verra. 

On suit les destins croisés de plusieurs personnages à travers le temps. De l’explosion, en 1945, en passant par le New York sale des années 60 et des « coffee shop » et le « Red Light » d’Amsterdam, en 1985, où l’on assiste à une puissante scène de suicide assisté, et jusqu’en 1999. Une scène qui se déroule dans un silence presque total et qui augmente l’intensité de la scène. Poignant et réaliste. 

On assiste, tout au long de la pièce, qui est entrecoupée de pause de cinq pauses, de cinq à 45 minutes, à plusieurs belles séquences, comme celle se déroulant sur l’étage d’un « taudis » newyorkais et le segment « théâtral » présenté lors de l’exposition universelle d’Osaka, où le spectateur se retrouve derrière et devant la scène. Brillant et très divertissant. 

Tout comme cette superbe scène où Rebecca Blankenship livre, avec émotion, la finale de l’opéra Madama Butterfly, dans un contexte de camp de concentration. 

Pièce marquante de Robert Lepage et d’Ex Machina, ça faisait du bien de voir cette œuvre dans ce lieu significatif. 

L’ovation a été longue et encore plus nourri lorsque le créateur et metteur en scène s’est pointé sur les planches. On appelle ça tout un départ. Une réussite sur toute la ligne et un grand moment de théâtre unique et fascinant.