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Magasiner vert, est-ce possible?

Toujours moins cher… mais à quel prix ?
Photo courtoisie Toujours moins cher… mais à quel prix ?
Majdouline Sbai
Éditions Librio

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La mode est partout, la mode est dans tout. Nous sommes bombardés d’images et de publicités où les offres les plus alléchantes se succèdent à un rythme infernal.

Si vous avez eu le malheur de donner votre adresse électronique au commis d’un grand magasin de vêtements qui vous le demandait gentiment, vous êtes fait. Dès que vous aurez franchi le seuil de la porte dudit magasin, vous allez recevoir chez vous, sur votre ordinateur ou téléphone portable, la publicité et les propositions d’aubaines.

Se vêtir fait partie de notre personnalité. La mode définit notre niveau culturel. Il est bien loin le temps où le vêtement de fourrure, de laine ou de peau servait à nous protéger des éléments extérieurs, du froid comme de la chaleur. Bien sûr, que l’on fût un homme ou une femme, que l’on fût paysan ou chasseur, on s’habillait différemment.

Jour J

Aujourd’hui, tout ce processus tend à changer. Il n’y a plus deux saisons annuelles, il n’y a plus d’après ou d’avant Noël, c’est Jour J chaque semaine. On nous présente de nouvelles collections, de nouvelles coupes, de nouveaux tissus, de nouvelles couleurs, à l’aide nouvelles techniques de vente, qui consistent grosso modo à couper les prix, que ce soit le deux pour un, ou le « troisième gratuit », etc. De sorte que la manière dont on vend est devenue plus importante que ce que l’on vend.

Pour réduire les coûts de fabrication (matières premières et main-d’œuvre), on a délocalisé les entreprises. « Le coton de notre tee-shirt, affirme l’auteur de cet ouvrage fort instructif, est cultivé en Inde, il est tissé et confectionné au Bangladesh, il sert à fabriquer une pièce imaginée en France, il est commercialisé aux États-Unis et recyclé en Afrique. »

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les dépenses en habillement ont diminué de moitié. Pourtant, « le nombre de vêtements achetés, lui, a constamment augmenté ». On achète donc plus de vêtements qu’avant, mais qui sont beaucoup moins chers.

Chiffres affolants

Toute cette surenchère a un impact important sur notre environnement : 1,8 milliard de tonnes de GES sont imputables, chaque année, à l’industrie de la mode, « soit davantage que le transport maritime et aérien international. En 2030, ces émissions atteindront 2,8 milliards de tonnes, soit l’équivalent de 230 millions de voitures roulant pendant un an ».

Ce sont des chiffres affolants. Vous en voulez d’autres ? Un jean et ses composants parcourent en moyenne 65 000 kilomètres, soit 1,5 fois le tour de la Terre. Un seul tee-shirt en polyester (fibre synthétique dérivée du pétrole) génère 5,5 kg de GES. « 79 milliards de mètres cubes d’eau sont employés chaque année dans le monde pour la fabrication textile. » Le coton, une fibre naturelle, est le principal responsable d’une si grande consommation d’eau. Il faut 2700 litres d’eau pour fabriquer un seul tee-shirt, « soit ce que consomme un individu en trois ans ». Pour un jean, il en faut entre 7000 et 11 000. D’autres statistiques ? « À lui seul, le coton absorbe 25 % des insecticides et 10 % des herbicides sur le marché. » Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « 22 000 personnes décèdent chaque année à cause de l’exposition aux pesticides nécessaires à sa culture ». Et ce n’est que la pointe de l’iceberg. Selon Greenpeace, les deux tiers des produits textiles analysés contiennent des produits toxiques.

Pour éviter le pire, l’auteur propose différentes solutions. L’une d’elles consiste à relier dans une même communauté consommateurs et producteurs, ce qui éviterait l’embauche d’enfants dans l’industrie textile. Il préconise aussi une mode durable et responsable envers les générations à venir : produire moins, prendre le temps de créer.

Ce court ouvrage se termine sur une note joyeuse, avec quelques portraits de personnes qui pratiquent une mode éthique.

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