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Repenser le débat sur la rémunération des médecins

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Depuis quelques années, les médecins ont perdu beaucoup de points dans l’opinion publique québécoise. Ce n’est pas que les contribuables ne les aiment pas. C’est plutôt leur rémunération qui fait jaser.

C’est une chose tout à fait saine. En 2017-2018, nos quelque 22 000 médecins ont empoché plus de huit milliards de dollars. On parle donc de plus de 20 % du budget de la santé et des services sociaux. Et de 10,4 % de toutes les dépenses de programmes du gouvernement québécois.

Rattrapage salarial

Depuis le début des années 2000, la rémunération médicale fait l’objet d’un rattrapage salarial par rapport à la moyenne canadienne. Depuis le gouvernement Landry, seul celui de Pauline Marois s’est engagé à ralentir ce train en marche.

Le débat du rattrapage doit aujourd’hui se fermer. Une analyse statistique présentée par l’Institut du Québec vient de nous le confirmer. En tenant compte du coût de la vie, nos médecins sont les plus gâtés parmi les plus gâtés. Ils sont aussi parmi les mieux payés au monde.

Équité

Le débat doit aujourd’hui se tourner vers les autres aspects de cette rémunération. Parce qu’il n’est pas clair qu’elle soit équitable. Ni efficace, d’ailleurs.

Notre PIB par habitant est inférieur à celui du Canada. Plusieurs provinces ont ainsi plus de marge de manœuvre que le Québec. Pourquoi utiliser le reste du Canada comme comparatif pour la rémunération de nos médecins ?

Il n’est pas clair que les écarts salariaux avec le reste du Canada ou les États-Unis les feront fuir. Les conditions de pratique aux États-Unis sont rebutantes et immorales pour plusieurs d’entre eux : risques de poursuites, coût des assurances, nature privée du système, la culture.

Pour les médecins francophones, il y a aussi la langue.

Les médecins bénéficient d’avantages fiscaux qui sont hors de portée pour le salarié ordinaire. On leur donne le droit de s’incorporer, ce qui leur procure une flexibilité fiscale normalement réservée aux entrepreneurs.

Connaissez-vous beaucoup d’entrepreneurs qui ne prennent pas de risque d’affaires ? Dont les revenus proviennent d’un client unique... le gouvernement ? Qui se regroupent en fédérations pour négocier leur rémunération avec l’État ?

Efficace ?

Les gouvernements des provinces canadiennes se comportent comme des rivaux.

Les provinces de l’Ouest rivalisent pour ne pas que leurs médecins, plus mobiles que les nôtres, migrent d’une province à l’autre, ce qui fait augmenter la rémunération canadienne moyenne. Le Québec a décidé de suivre ce comportement, avec un peu trop d’ardeur.

En outre, les médecins jouissent d’une liberté professionnelle enviable qui, au moment de facturer la Régie de l’assurance maladie, peut s’avérer très rémunératrice... Le Collège des médecins du Québec n’a pas les ressources pour s’assurer de la pertinence de tous les actes médicaux. La rémunération à l’acte devrait être reconsidérée et mieux encadrée.

Finalement, il existe des disparités importantes entre les spécialités médicales. Ainsi, les mieux payés au Québec sont souvent les radiologistes ou les ophtalmologistes. Est-il possible que des rémunérations individuelles dépassant les 1,8 million de dollars soient le reflet des problèmes d’incitatifs du système actuel ?