/news/provincial
Navigation

Manquements à l’éthique: le maire Émile Loranger change de cap et plaide finalement coupable

Le maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger
Photo d'archives, JEAN-FRANCOIS DESGAGNÉS Le maire de L'Ancienne-Lorette, Émile Loranger

Coup d'oeil sur cet article

 Émile Loranger a surpris tout le monde, mardi matin, avec une nouvelle volte-face. Le maire de L’Ancienne-Lorette a finalement retiré sa requête en arrêt des procédures et s’est résigné à prendre le blâme pour des manquements à l’éthique. 

 M. Loranger, faut-il le rappeler, s’est placé en situation de conflit d’intérêts en s’opposant à une demande d’enquête le concernant et en participant à un vote sur cet enjeu à l’hôtel de ville, en décembre 2018. L’affaire avait fait grand bruit à l’époque et la ministre des Affaires municipales, André Laforest, s’en était mêlée. 

 Neuf mois plus tard, le palais de justice de Québec a été le théâtre d’un énième rebondissement dans cette affaire, mardi. À l’origine, le maire Loranger avait clamé publiquement son innocence avant de plaider coupable à un nombre réduit de chefs d’accusation en juillet. Dix jours plus tard, il réclamait l’arrêt des procédures, requête qu’il a finalement abandonnée la veille de l’audition, prévue mardi. 

 Le maire Émile Loranger ne s’était pas déplacé au palais de justice pour l’occasion. Me Pierre Martin, l’avocat qui le représentait, a confirmé le désistement de la requête visant à faire casser son plaidoyer de culpabilité pour trois manquements à l’éthique. 

 Lettre d’excuses de Loranger 

 Le juge administratif Thierry Usclat a pris acte du désistement et ordonné au maire Loranger de lire une lettre d’excuses à la prochaine séance du conseil municipal le 24 septembre. Il a également sermonné le maire de L’Ancienne-Lorette pour sa valse-hésitation qui aura eu pour effet «d’empêcher que la justice soit rendue avec célérité, efficacité et au meilleur coût possible» dans cette affaire. 

 «L’impact de telles procédures sur les ressources matérielles et humaines, ainsi que les ressources financières, est important. Je souhaite que ça fonctionne mieux à la Ville de L’Ancienne-Lorette, comme je l’ai déjà dit. Passez le message à M. Loranger», a-t-il lancé à son procureur. 

 Les parties avaient fait une suggestion commune au juge, soit une suspension sans salaire de 60 jours. Thierry Usclat n’a pas encore officiellement prononcé la peine et a fait savoir qu’il allait rendre sa décision «dans les meilleurs délais». 

 Requête «mal fondée et abusive» 

 Pour la petite histoire, Émile Loranger avait décidé de réclamer l’arrêt des procédures à la suite de la diffusion, dans les médias, d’extraits de son interrogatoire qui le faisaient mal paraître et qui, selon lui, n’auraient jamais dû être rendus publics puisque l'interrogatoire n’a pas été déposé en preuve dans le cadre d’une audience. Il invoquait des «préjudices irréparables» et ne comprenait pas que la Commission municipale ait pu transmettre ce document aux journalistes qui en avaient fait la demande. 

 Le procureur de la Commission municipale du Québec, Me Nicolas Dallaire, estimait au contraire que la requête en arrêt des procédures de M. Loranger était «mal fondée et abusive» dans les circonstances. 

 «Contrairement à ce qui est prétendu dans cette requête, la preuve qui a été communiquée en réponse à plusieurs demandes d’accès à l’information n’était pas de la preuve “potentielle”, mais bien de la preuve déposée devant le tribunal», peut-on lire dans la réplique écrite de Me Dallaire. 

 «Donner droit à la requête de M. Loranger reviendrait à exiger une justice secrète qui se ferait dans l’ombre, à l’abri du regard du public et au mépris de principes démocratiques en vigueur depuis très longtemps», plaidait Me Dallaire, en prévision d’un débat sur la question en cour avec le procureur de M. Loranger, qui n’aura jamais eu lieu.