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Bruneau a vite flairé la championne en Bianca

D’un calme olympien, Sylvain Bruneau a répondu aux questions des journalistes au Centre national de tennis, hier.
Photo Martin Alarie D’un calme olympien, Sylvain Bruneau a répondu aux questions des journalistes au Centre national de tennis, hier.

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Une victoire au US Open de tennis ne change pas le monde. L’entraîneur de la championne Bianca Andreescu, Sylvain Bruneau, est le même avec sa famille, ses amis et ses collègues de travail.

« J’ai fait la vaisselle hier soir et je suis allé chez le dentiste avec mes deux filles », a-t-il dit, hier matin, quand je lui ai demandé s’il croyait que son existence allait changer à la suite du grand triomphe de sa protégée à Flushing Meadows.

L’ambiance était d’ailleurs feutrée au Centre national de tennis pour cette rencontre avec les médias montréalais. C’était business as usual dans les bureaux et sur les courts. Tout le monde était à pied d’œuvre.

Une senteur d’automne flottait sur le parc Jarry.

« Le quotidien va revenir rapidement, mais c’est sûr que ma vie d’entraîneur va changer un peu », a continué Bruneau.

« L’année passée, je me préparais avec Bianca à aller jouer dans des petits tournois aux États-Unis. Ce ne sera plus le cas. On va faire des tournois d’une autre envergure. On va être sous la loupe. On sera évalués et je comprends tout ça. Mais je ne pense pas qu’il y aura de gros changements. »

Sylvain Bruneau veillait à la bonne préparation de sa protégée à la veille de l’ultime affrontement face à Serena Williams.
Photo AFP
Sylvain Bruneau veillait à la bonne préparation de sa protégée à la veille de l’ultime affrontement face à Serena Williams.

Réticent au départ

Les projets continueront évidemment à se tourner vers la joueuse torontoise de 19 ans que Louis Borfiga lui a demandé de prendre sous son aile, en février 2018.

Bruneau était réticent lorsque Borfiga lui a présenté sa requête. Jusque-là, c’est lui qui assignait les entraîneurs aux joueuses de l’équipe féminine canadienne, dont il était le capitaine.

Il se disait que ses relations avec les membres de la formation changeraient peut-être s’il était attitré à l’une d’elles en particulier. Andreescu, qu’il avait connue lorsque celle-ci était âgée de 14 ou 15 ans, avait été dirigée par quelques entraîneurs, dont l’ancienne joueuse française Nathalie Tauziat.

Mais ça ne décollait pas entre elle et ses entraîneurs. Elle obtenait des résultats jugés corrects, mais les gens de Tennis Canada espéraient mieux. D’où la recommandation de Borfiga de la confier aux soins de Bruneau.

Quelles ont été les premières impressions de celui-ci ?

« Je la trouvais talentueuse », a dit Bruneau.

« Elle avait beaucoup de potentiel. On a commencé dans des petits tournois au Japon. On passait beaucoup de temps ensemble. On n’avait pas de préparateur physique. On a bossé, on a travaillé fort. Elle a fait deux finales. »

Son flair ne l’a pas trompé

Bruneau a vu dans le jeu et le comportement de Bianca des choses qui l’ont frappé. Assez pour qu’il en vienne à croire que la jeune femme pouvait monter très haut.

« Cette championne-là, je la sentais », a-t-il affirmé.

« Je l’ai vu dans sa façon de gérer certains matchs à la Fed Cup. Elle avait beaucoup de pression. Je l’ai vu aussi dans sa façon d’aborder les matchs et les points importants.

« Je me demandais si elle comprenait vraiment tout ça et je me suis aperçu qu’elle savait qui elle était. C’est alors que j’ai su que j’avais un super projet entre les mains. »

Moment rempli d’émotion samedi lorsque Bianca Andreescu s’est empressée de rejoindre son entraîneur dans les gradins après la conquête du titre aux Internationaux des États-Unis.
Photo AFP
Moment rempli d’émotion samedi lorsque Bianca Andreescu s’est empressée de rejoindre son entraîneur dans les gradins après la conquête du titre aux Internationaux des États-Unis.

À court de mots

Mais Bruneau ne s’attendait aucunement à ce que Bianca gravisse les échelons au rythme d’un TGV.

Se pince-t-il ?

« Un peu », a-t-il avoué.

« Ce qu’elle a accompli est énorme quand même. Ça s’est passé avec une grande rapidité. Oui, il y avait des signes en 2018 que 2019 serait une super bonne année. Mais ce qu’elle a fait, vraiment... »

Bruneau s’est retrouvé à court de mots. Il est soufflé comme tout le monde.

De grandes ambitions pour cette année

Cette semaine, la tombeuse de Serena Williams au US Open passe du temps en famille à Toronto. Elle devrait être à Montréal lundi prochain pour un stage d’entraînement. Dans quelques semaines, elle prendra le chemin de l’Asie, où le circuit féminin se transportera.

Il sera intéressant de voir comment Andreescu réagira à son retour en compétition. Après les grands moments qu’elle vient de vivre, elle pourrait connaître une baisse d’émotion.

« On a révisé son calendrier pour ça », a indiqué Bruneau.

« Elle devait disputer des tournois en succession. Pour le moment, elle jouera à Beijing (28 septembre au 6 octobre), mais il y a encore de grands rendez-vous. C’est très important pour elle.

« Elle aimerait prendre part au tournoi de fin de saison, qui regroupera les huit meilleures joueuses de l’année (l’événement se tiendra du 27 octobre au 3 novembre à Shenzen, en Chine). Elle est en bonne position en ce moment (elle est cinquième au classement de la WTA). Mais ce n’est pas assuré. Elle a quand même besoin de bien jouer et de faire bonne figure.

« Il est possible qu’elle expérimente un petit contrecoup, mais c’est normal. On verra. »

C’est ça, chaque chose en son temps. Mais la nouvelle coqueluche du sport canadien a fait la brillante démonstration ces derniers temps que rien ne l’effraie et qu’elle peut surmonter tous les obstacles.

D’attaque pour son nouveau statut

L’expression sied bien au monde du sport. Ce n’est pas facile d’atteindre le sommet, mais c’est encore plus difficile d’y rester. C’est ce qui attend Bianca Andreescu maintenant qu’elle a remporté un tournoi du Grand Chelem.

Ses rivales vont lui courir après. Elles ne lui feront pas de cadeau. Sera-t-elle capable de composer avec la pression dans les grands tournois ?

Sylvain Bruneau pense, bien sûr, que ce sera le cas. C’est le temps qui le dira.

« Plusieurs joueuses ayant atteint le premier rang ont vécu des moments difficiles ensuite », rappelle-t-il.

« À part Serena Williams, c’est généralisé. Plusieurs ont été rattrapées par la pression, mais j’ai bon espoir que ça va bien aller avec Bianca.

« Ce qu’elle vit est nouveau pour elle. Il faudra se donner du temps pour voir comment elle va gérer ça. »

Style polyvalent

Comme on le voit dans plusieurs sports, Andreescu a fait un pas de géant de 18 à 19 ans. Sa progression n’est pas terminée non plus.

Son entraîneur Sylvain Bruneau estime que son style polyvalent devrait lui permettre d’améliorer plusieurs aspects de son jeu.

« Elle peut progresser dans tous les domaines », dit-il.

« Elle a un jeu complet. Elle fait plusieurs choses sur le terrain. Mais ce n’est pas une fille qui s’est vraiment spécialisée dans un style. Je ne dirais pas que le tennis féminin est stéréotypé, mais tout se fait en puissance.

« La plupart des filles pratiquent un style sensiblement similaire. Bianca a un éventail de coups qui permet d’apporter encore beaucoup de progrès dans son jeu, notamment au service et en fond de terrain.

« On veut l’aider à monter davantage au filet et à aller intercepter plus de coups de l’adversaire. »

Match revanche ?

Sa victoire à Flushing Meadows a créé une effervescence à travers le Canada.

Il est encore tôt, mais on peut penser que la Coupe Rogers féminine sera l’événement de l’été à Montréal l’an prochain.

Croisé au Centre national de tennis hier, le directeur du tournoi Eugène Lapierre a exprimé le souhait que Serena Williams soit de la partie.

Verriez-vous un match revanche entre elle et Bianca en finale ?

Il n’y aurait pas suffisamment de sièges pour accueillir tout le monde.