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In absentia de ces «femmes voilées»

Female muslim professor explain lesson to students and interact with them in the classroom.Helping a students during class. University student being helped by female lecturer during class.
Photo Adobe stock Ne pas souhaiter interdire le voile ne revient pas non plus à en faire l’apologie. La nuance est de taille.

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C’était aussi prévisible qu’une canicule en été. Dans les écoles publiques montréalaises, l’application de la loi 21 sur la laïcité de l’État ne se fait pas sans heurts. Selon Le Devoir, de nouvelles enseignantes voilées se font refuser des contrats. Il y en aura d’autres.

Seuls les enseignants embauchés avant le dépôt de la loi ont le droit de porter un signe religieux en classe. Pour les nouveaux enseignants, ce sera en effet l’arbitraire, tel qu’imposé par la définition que donne la loi 21 d’un « signe religieux » : « tout objet (...) qui est soit porté en lien avec une conviction ou une croyance religieuse, soit raisonnablement considéré comme référant à une appartenance religieuse ».

Or, comment fera-t-on dans les écoles pour juger des raisons personnelles de chacun derrière le port d’un signe religieux sans créer des injustices ?

Conviction répandue

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, le seul signe dit religieux à poser problème en Occident est le hijab musulman. Cela dit – et je l’ai écrit souvent –, ni la charte péquiste des valeurs ni la loi 21 n’ont l’islamophobie comme motivation. J’y vois plutôt la conviction répandue en Occident voulant que le hijab soit un outil d’oppression des femmes.

Et il l’est en effet dans les pays intégristes. Au Québec, dans une société ayant longtemps subi le joug misogyne du clergé catholique, la méfiance envers le religieux s’explique aussi aisément. Ce qui m’inquiète plus est que tout ce débat s’est fait in absentia des principales concernées.

Les Québécoises portant le hijab, peu nombreuses, n’ont pas été véritablement entendues. On ne les entend pas parce que plusieurs, ici et ailleurs, les voient comme une arme de l’islamisme. Une arme visible et instrumentalisée à des fins politico-prosélytes.

Québécoises

Parce qu’on ne les entend pas, elles vivent une double invisibilité. La première vient de l’interdiction de porter leur voile, comme le précise la loi 21. La seconde découle de leur dépersonnalisation lorsqu’on les réduit au hijab qu’elles portent. Or, ces « femmes voilées », comme on les appelle, sont des Québécoises.

Certaines sont instrumentalisées par des intégristes. Mais pour plusieurs, le port du hijab se fait par conviction religieuse ou par filiation identitaire et culturelle. La vaste majorité des musulmanes d’ici ne le porte pas. Soit dit en passant, ne pas souhaiter interdire le voile ne revient pas non plus à en faire l’apologie. La nuance est de taille.

Ce qui me trouble aussi est la polarisation ambiante. D’un côté, on dénigre les points de vue opposés à la loi 21 en les traitant de multiculturalistes. De l’autre, on traite les pro-loi 21 de xénophobes. En même temps, on ignore les opinions variées des principales intéressées. Bref, comment discuter intelligemment dans un tel contexte ?

Voilà. Parce qu’on me le demande souvent, ce sont les raisons principales pour lesquelles je m’inquiète de la loi 21, tout comme jadis de la charte des valeurs. Je respecte toutefois le point de vue contraire. Surtout, pour le bien-être de ma société, j’espère me tromper.